Crowdsourcing : une activité d'avenir ?

06 novembre 2015

Selon une célèbre encyclopédie participative, " le crowdsourcing, ou externalisation ouverte ou production participative, est l'utilisation de la créativité, de l'intelligence et du savoir-faire d'un grand nombre de personnes, en sous-traitance, pour réaliser certaines tâches traditionnellement effectuées par un employé ou un entrepreneur ". Concrètement, il s'agit de recruter, pour une courte durée, un grand nombre de personnes pour réaliser une tâche importante, fastidieuse ou chronophage.

Ne pas confondre sourcing et crowdsourcing

Le " sourcing " ou recherche de fournisseurs est aujourd'hui parfaitement connu des acheteurs. Dès qu'ils doivent acquérir une matière première, un produit ou un service nécessaire à l'activité de leur entreprise, leur connaissance des marchés leur permet de savoir rapidement auprès de quels acteurs, ils pourront soumettre leur besoin.

Répondre à un besoin rapidement, pour un coût moindre

Aujourd'hui, notamment avec le commerce électronique, la mise en ligne d'un important catalogue nécessite de nombreuses heures de travail pour rentrer tous les critères définissant les produits d'une entreprise. Parfois plusieurs centaines d'heures sont nécessaires pour définir précisément la couleur, les dimensions, les formes de chaque modèle proposé dans le catalogue et ce travail doit être réalisé le plus rapidement possible pour que la mise en ligne soit faite.

Des micro-tâches pour réaliser un projet fastidieux rapidement

Le prestataire de crowdsourcing doit, dans un premier temps, découper le projet global, fastidieux et souvent sans grande valeur ajoutée, en micro-tâches. Ensuite, il recrute plusieurs dizaines de travailleurs auxquels il attribue la rédaction d'une petite partie du projet (intégrer dans la base de données les caractéristiques d'une centaine de produits, par exemple). Enfin, il rémunère chacun en fonction du volume et de la complexité du travail effectué.

L'entreprise Amazon a bien compris l'intérêt de cette nouvelle activité économique et propose, depuis plusieurs années déjà, une plateforme de crowdsourcing. Baptisée "Amazon Mechanical Turk " (AMT) en référence à l'automate joueur d'échec dans lequel se cachait un humain, le leader du commerce électronique propose ainsi un moyen rapide aux nouveaux arrivants de créer leur site de vente en ligne rapidement et à moindre coût. Mais AMT ne s'adresse pas qu'aux éditeurs de sites de commerce en ligne. Par ce service, il est possible pour un prestataire d'obtenir rapidement la réalisation de toute tâche, à condition qu'elle soit découpable et immatérielle.

Tous les secteurs de l'économie concernés ?

Non, évidemment, le crowdsourcing ne remplacera pas les usines de production automobile. Il est nécessaire que les tâches puissent être réalisées à distance et transférées rapidement pour être centralisées dans une base de données unique. La dématérialisation est donc une condition nécessaire au crowdsourcing.

De nouvelles applications à ce concept naissent chaque jour. La société Premise propose, à partir de l'analyse de photos issues du monde entier, des statistiques en matière de macro-économie et de développement humain, en temps réel. Pixazza utilise le crowdsourcing à des fins marketing avec la mise à disposition d'un outil permettant à ses clients de gérer des " publishers ", qui repèrent et annotent leurs produits sur les photographies de leur site personnel. Ils deviennent ainsi des porteurs d'image pour la marque. Le français Wezzoo propose de vous informer sur la météo. A partir d'une plate-forme web et une application mobile, les membres de la communauté sont informés par les autres membres de l'état de la météo à l'endroit où ils veulent se rendre et peuvent même voir une photo. Creads, pour sa part, propose la création de supports graphiques ou Keego la traduction de textes. Des activités qui prennent de plus en plus la place de secteurs économiques déjà existants mais en présentant des avantages indéniables en termes de coût et de délais de réalisations pour le client.

Des français qui ont leur mot à dire

En effet, outre Amazon et son million d'utilisateurs déclarés dans le monde, la concurrence existe dans beaucoup d'autres pays, avec parfois quelques spécificités. L'allemand Clickworker repose sur un concept similaire, la mise en relation d'une communauté de travailleurs et de petites entreprises pour la sous-traitance de micro-travaux. La communauté compte 700 000 membres présents dans 136 pays et se targue de clients prestigieux (Tmobile, Honda...). Le fournisseur met en avant la fameuse " qualité allemande ". Arrivée peut-être tardivement, foulefactory s'est positionnée sur ce marché déjà encombré. Mais la startup française évoque des avantages subtils. Elle rémunère " correctement " ses " fouleurs ", c'est ainsi qu'elle nomme ses participants, en proposant 10 euros par heure travaillée au minimum et met en avant le " made in France " puisqu'elle n'accepte que des missions en français.

Pour le client utilisateur du crowdsourcing, le faible coût et la rapidité d'obtention d'un résultat sont des avantages indéniables. Mais la question se pose sur le contrôle de la qualité des données. En effet, si celles-ci présentent des erreurs, le résultat peut être désastreux. Que pensera le consommateur si le site de e-commerce lui présente des produits dont les caractéristiques n'ont rien à voir avec les visuels ?

La place du droit du travail dans l'économie numérique

La question se pose car les fouleurs et les publishers disposent d'une certaine liberté, ils travaillent quand ils veulent, où ils veulent et peuvent s'organiser comme bon leur semble pour réaliser les micro-tâches. Mais il n'existe aucun contrat de travail avec " l'employeur " temporaire des membres de la communauté. Ils n'ont d'ailleurs pas l'appellation de travailleurs, ils perçoivent une contribution, une participation ou un défraiement, pas un salaire. Ce qui fait dire à Pierre Calmard, dirigeant de l'agence digitale iProspect, que " le salariat au sens traditionnel est une notion qui est en train de mourir lentement ".

Pour l'instant, être un membre d'une communauté de crowdsourcing présente l'avantage d'arrondir ses fins de mois...

Cette lettre est réalisée par : Denis Kientz, Stéphane Chen, Pierre-louis Passalacqua