Gestion quotidienne & pilotage stratégique :
éliminez vos doutes, contactez un expert SVP

  • Téléphone
  • App mobile
  • Ordinateur

    Les business schools françaises : un modèle en crise ?

    03 février 2016

    Les écoles de commerce, regardées comme des parcours d'excellence en France, traversent une crise : équilibre financier parfois précaire, concurrence étrangère ou encore difficulté de reconnaissance sur un marché de plus en plus international. Les " business schools " vont devoir repenser leur offre et leur mode de fonctionnement.

    Un environnement économique plus rude

    La France a toujours considéré ses écoles de commerce comme un fleuron de son enseignement supérieur : fort taux d'insertion professionnelle de leurs élèves et bon positionnement dans les classements internationaux sont régulièrement mis en avant.

    Pourtant, cette " réussite " ne s'est pas faite sans difficulté. Pour répondre aux exigences d'une reconnaissance à l'international, les business schools françaises ont dû investir pour attirer les meilleurs enseignants étrangers et par là même les meilleurs étudiants. Développer l'offre de formation continue, miser sur la recherche, tisser des liens plus forts avec les entreprises, créer des réseaux d'anciens, tout a été mis en oeuvre pour concurrencer les universités étrangères ou les grandes établissements français tels que Sciences Po ou le Collège de France.

    Mais ceci n'a pas été sans conséquence en termes des dépenses. D'autant plus que les écoles de commerce se trouvent confrontées à la réforme de la taxe d'apprentissage. Amenant une baisse de ce que perçoivent les établissements, cette dernière met en péril leur équilibre financier. Selon la Conférence des Grandes Ecoles et la Conférence des Directeurs des Ecoles Françaises d'Ingénieurs, la perte estimée se compte même en dizaine de millions d'euros.

    Les failles d'un système

    Pour répondre à cette augmentation des dépenses, certaines business schools ont fait le choix d'accroître leurs effectifs, avec comme objectif de développer leurs rentrées financières mais aussi leur visibilité. Ainsi Kedge, issue de la fusion entre les écoles de management de Bordeaux et Marseille-Provence affiche désormais un effectif dépassant les 10 000 élèves. Pour ce faire, plusieurs stratégies ont été adoptées : ouverture de nouveaux programmes et cursus (bachelor, master of science, mastères spécialisés, MBA) ou encore fusions d'écoles ou encore multiplication des campus, que ce soit en France ou à l'étranger. Malgré cela, les écoles françaises ont du mal à s'imposer sur le marché du MBA.

    Autre conséquence : la flambée des frais de scolarité et des droits d'inscription qui atteignent aujourd'hui, en moyenne, 9 000 € par année d'enseignement. Selon l'Institut Montaigne, ces frais auraient été multipliés par 2,5 en 20 ans. Mais ce système atteint ses limites. Les étudiants, comme leurs parents, qui ont emprunté pour pouvoir s'acquitter de tels tarifs, commencent à éprouver des difficultés pour rembourser leur prêt.

    Des solutions d'avenir

    Si elles veulent rester compétitives à la fois en France et sur le marché international, les business schools vont devoir revoir leur modèle économique. L'Institut Montaigne a publié, fin 2014, un ensemble de préconisations pour que ces écoles restent viables. Parmi les recommandations faites, l'Institut propose que des levées de fonds de grande ampleur puissent leur être accessibles. Il recommande aussi que de véritables pôles de compétitivité soient créés en permettant des regroupements entre business schools et universités. L'Institut dénonce une " superposition " de structures, entre les universités, les IAE et les écoles, et donc une dilution des ressources.

    D'autres pistes sont encore envisagées : encourager l'offre de formation continue et surtout prendre le virage du numérique. En valorisant des certifications qui seraient réalisées à distance, les écoles de commerce pourraient ainsi agir sur des droits d'inscription de plus en plus prohibitifs et se mesurer aux établissements étrangers qui, en jouant la carte des MOOCs, permettent à tout à chacun d'avoir accès aux meilleurs enseignants mondiaux.

    Cette lettre est réalisée par : Delphine Guidat, Baudouin Despres, Pierre-louis Passalacqua