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    L'étain : risque d'une future bulle spéculative

    10 octobre 2018

    Lors du dernier World Material Forum, le Bureau de Recherches Géologiques et Minières (BRGM), aux côtés des cabinets d'étude CRU Group et McKinsey, ont publié un rapport mettant en exergue le risque de pénurie de plusieurs matières premières, telles que l'étain, le nickel, le cuivre ou le zinc et des terres rares.

    Certaines matières pourraient-elle venir à manquer ?

    Le World Material Forum est une référence mondiale pour les producteurs et consommateurs de matières premières. Il est même parfois comparé à un " Davos des matériaux ".

    Lors de la 4ème édition du World Material Forum qui s'est déroulée en juin 2018 à Nancy, l'étude “WMF CRITICALITY ASSESSMENT” a été dévoilée conjointement par le Professeur Pierre Toulhoat, directeur général délégué du BRGM, CRU Consulting, spécialisé dans la veille stratégique sur les industries mondiales des métaux, des mines et des engrais et la société de conseil McKinsey.

    Pour réaliser cette étude, dans un premier temps, ont été définis six critères d'évaluation de la criticité, tels que le nombre d'années de réserves connues, l'incertitude sur l'offre, le risque géopolitique dans les pays producteurs mais aussi les technologies de recyclage, l'incertitude sur la demande ou la disponibilité de matières de substitution. Ces critères de criticité ont été appliqués à plusieurs éléments du tableau périodique de Mendeleïev.

    Ces éléments se sont donc vu attribués des notes de criticité de pénurie, allant de " faible degré de risque " à " très haut degré de risque ". Les substances potentiellement à risque très élevé de pénurie sont le cobalt, le tungstène, l'étain et des terres rares, le praséodyme, le néodyme et le dysprosium. Le nickel, le cuivre et le zinc sont également listés avec une " haute probabilité de risque ".

    Un risque de pénurie, sous conditions

    Mais l'étude émet plusieurs hypothèses qui viennent pondérer ce risque de pénurie. Le BRGM précise que la criticité de certains matériaux, particulièrement l'étain mais aussi le cuivre et le zinc, habituellement considérés comme " non sexy " augmente en partie à cause du sous-investissement. Pour l'étain, il n'existe, à l'heure actuelle, que 17 années de réserves (soit 4,8 Mt) en raison du sous-investissement dans l'exploration dans les pays développés pendant de nombreuses années. La criticité de ce métal pourrait donc être réduite si les nouvelles mines en projet démarrent à temps, en Australie et en Espagne notamment. L'étude évoque également la nécessité d'améliorer les filières de recyclage ou encore l'atténuation des risques géopolitiques de certains pays producteurs (Myanmar, Indonésie, Chine, République Démocratique du Congo).

    Des conclusions contraires à des analyses antérieures

    A contrario, en 2017, selon un rapport sur la " Revalorisation du potentiel minier français ", le même BRGM concluait que l'étain n'est pas jugé comme substance critique par l'Union Européenne. Le bureau précisait que, malgré une forte importance économique du fait de ses nombreux usages, les risques pesant sur les approvisionnements sont jugés modérés en raison de la multiplicité des producteurs dans le monde et en Europe en particulier (Portugal, Espagne, Cornouailles anglaise, Suède). Ce rapport montre particulièrement le potentiel de la Bretagne en termes de ressources minières en étain.

    L'association des producteurs se veut rassurante

    Selon l'ITA (International Tin Association, anciennement ITRI), les ressources en étain déclarées à fin 2015 s'élevaient à 11,7 Mt. L'Australie (24%), le Brésil (16%), le Kazakhstan (14%), l'Allemagne (8%) et le Pérou (8%) étaient les cinq principaux pays producteurs d'étain en proportion des ressources mondiales dites conformes (" compliant "), auxquels il faut ajouter les pays producteurs de ressources non conformes, à savoir la Chine (35%), la Russie (12%), l'Australie (8%), l'Indonésie (7%) et le Brésil (6%).

    L'association précise qu'au vu de ces ressources en étain disponibles et du potentiel d'étain non découvert dans le monde entier, il y a suffisamment de métal pour satisfaire la demande mondiale dans le futur, avec toutefois une forte probabilité d'augmentation du prix de la matière. En effet, des technologies d'extraction plus efficaces pour être rentables doivent être développées et le faible prix actuel de l'étain risque de compromettre l'approvisionnement, en raison de la réduction des investissements.

    Le BRGM et l'ITA sont donc au moins d'accord sur un point, il est important que les projets d'investissement sur l'étain aboutissent pour que cette matière ne devienne pas une ressource rare.

    Cette lettre est réalisée par : Denis Kientz, Stéphane Chen

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