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    Matières premières : du papier qui vaut de l'or

    26 juillet 2018

    La révolution du numérique n'a pas signé la disparition de l'ancestral papier. Au contraire, le numérique n'a pas eu l'effet escompté puisque le monde consomme de plus en plus de papier, notamment avec la consommation croissante des pays émergents. Une tendance qui bénéficie à la matière première nécessaire pour en fabriquer, la pâte à papier.

    Une hausse de 37% du cours de la pâte à papier en un an

    Qu'elle semble loin l'année 2015 où le prix de la matière première du papier flirtait avec les 750 dollars la tonne. C'est une toute autre conjoncture désormais. En effet, en juin 2018, le cours de la pâte à papier NBSK (Northern Bleached Softwood Kraft), le grade de référence du secteur de la papèterie, s'établissait à près de 1 215 dollars par tonne alors qu'il était de 886 dollars en juin 2017. Ainsi, le cours de la pâte à papier a littéralement explosé depuis plusieurs mois, avec une augmentation de plus de 37% sur les douze derniers mois.

    Cette hausse de la matière première entraîne inévitablement une inflation des coûts pour les producteurs du secteur et, in fine, sur le prix final proposé au consommateur. Prenons l'exemple des entreprises du secteur tertiaire et des administrations publiques où certains marchés de fourniture de produits à base de papier se trouvent fragilisés au point de remettre en cause l'économie du contrat. En effet, les clauses de révisions de prix sont souvent indexées sur un indice de prix de production loin des fluctuations du marché des matières premières. Cette problématique trouve sa source dans un contexte mondial qui perturbe les habitudes du passé et déséquilibre l'offre et la demande mondiale.

    Le choc mondial de la nouvelle politique environnementale chinoise

    La forte évolution du cours de la pâte à papier et l'inflation des produits issus de cette matière première résultent principalement de l'évolution des contraintes industrielles en Chine qui a accéléré la fermeture des usines polluantes et de la réduction des quantités produites des principaux acteurs du secteur de la pâte à papier.

    Depuis plusieurs mois, la Chine est le principal protagoniste de cette hausse de la demande mondiale. Soucieuse des enjeux écologiques, la Chine a mis en place une politique environnementale plus stricte que dans le passé. Le gouvernement chinois a décidé de ne plus traiter tous les déchets des pays occidentaux, se refusant d'être la " poubelle " du monde. Le souhait de Pékin étant de ne recycler que certains métaux ferreux et non ferreux, certains plastiques, textiles et papiers. Laissant hors de ses frontières les papiers usagers ou encore l'encre qui est un déchet très polluant.

    Cette décision politique chinoise a été vécue comme un choc pour les pays occidentaux puisqu'ils n'ont pas les capacités à traiter tous les déchets, souvent polluants, sur leur propre territoire. C'est le cas du continent européen qui ne traite que la moitié de ses déchets. Des alternatives sont à l'étude pour effectuer le traitement les déchets vers l'Inde ou le Pakistan mais, à supposer que ces pays disposent des capacités adéquates, ce transfert prendra du temps.

    Perspectives d'avenir pour le secteur du papier

    L'Union Française des Industries des Cartons, Papiers et Celluloses (Copacel), qui regroupe les producteurs de pâtes, papiers et cartons, estime que le contexte économique du secteur de la papèterie restera porteur en cette année 2018. Les industriels du secteur s'attendent à l'émergence d'éléments positifs avec notamment la hausse du commerce sur internet (carton d'emballage), l'engouement pour le sac papier suite à la législation bannissant les sacs plastiques, les attentes croissantes en matière d'hygiène et de santé ou encore le développement des impressions à domicile.

    Les industriels s'attendent à une dynamique de production qui devrait permettre un meilleur équilibre entre les capacités de production et la demande en Europe. Concernant les conséquences de la décision chinoise de limiter ses importations de déchets (dont les papiers et cartons en mélange), la Copacel estime que cette mesure pourrait permettre d'augmenter l'offre de fibres récupérées en Europe, et donc favoriser le développement industriel. A contrario, la politique chinoise pourrait aussi entraîner une dégradation de la qualité du papier pour éviter l'inflation des prix de production et de vente auprès des consommateurs.

    Cette lettre est réalisée par : Kader Berachoua, Stéphane Chen

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