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    Réduire les discriminations : une réserve de croissance de 150 milliards d'euros

    10 mai 2017

    Les inégalités et les discriminations constatées sur le marché du travail n'ont pas qu'un coût social. Que ce soit en termes d'équité et de droits, elles ont aussi un coût économique, lequel est loin d'être négligeable. Réduire ces discriminations permettrait même à la société française d'accroître son PIB de 6,9%. C'est en tout cas ce qu'ont envisagé les économistes de France Stratégie dans un rapport rendu à l'automne à la ministre du travail.

    Les femmes particulièrement touchées par les discriminations

    Pour tenter de quantifier le coût - et le manque à gagner - que représentent les inégalités d'accès à l'emploi et aux postes qualifiés, les économistes de France Stratégie ont travaillé à partir des écarts de situation d'emploi ne s'expliquant par aucune réalité objective (comme les différences de niveau de formation ou d'expérience professionnelle ...). Ils ont ainsi comparé l'ensemble de la population avec des groupes dits à " risque " : les femmes, les personnes d'origine étrangère ou encore celles souffrant d'un handicap.

    Premier constat : les femmes sont particulièrement touchées par ces écarts " inexpliqués".

    L'étude donne des chiffres éloquents : les femmes connaissent des taux d'emploi à temps partiel supérieurs de 20 points par rapport aux hommes et elles ont la probabilité la plus basse d'avoir accès aux 10% des salaires les plus élevés. Le " 10e Baromètre sur la perception des discriminations dans l'emploi ", publié le 23 mars par le Défenseur des Droits, vient confirmer ces faits : les femmes sont systématiquement plus discriminées que les hommes, avec un taux global de 41% contre 28% pour ces derniers.

    Deuxième constat : l'ascendance migratoire est aussi un facteur fort de discrimination.

    Ainsi, le rapport souligne que les risques d'être sans emploi pour les populations descendantes d'immigrés sont beaucoup plus importants. Des écarts de 7 points ont notamment été constatés entre les descendants d'immigrés africains et ceux n'ayant pas d'ascendance migratoire. Le lieu de résidence semble, quant à lui, être moins générateur d'inégalité en termes d'emploi.

    Une fois ces constatations faites, restaient à chiffrer le coût du sur-chômage, de la sous-activité mais aussi de la mauvaise utilisation ou de la sous-utilisation des qualifications et des potentiels.

    Une " réserve de croissance " de 150 milliards d'euros

    Mais plutôt que de parler en termes de coût, les économistes de France Stratégie ont préféré regarder et mesurer les gains que la société française pourrait faire si elle réduisait les inégalités d'accès à l'emploi. Pour eux, il s'agit là d'une véritable " réserve de croissance inutilisée ", dont les entreprises devraient prendre conscience.

    Des économistes américains avaient déjà travaillé à l'évaluation de la croissance créée par la baisse des discriminations. Ils estiment que cette baisse, établie entre 1960 et 2008, aurait permis à la richesse nationale de croître de 20%. Qu'en est-il pour la France ?

    Travaillant à partir de 4 scenarii différents, simulant à des degrés divers les effets d'un ajustement des taux d'emploi, des temps de travail ou encore des niveaux de salaires des populations discriminées avec ceux d'une population de même classe d'âge, les rapporteurs sont parvenus à des conclusions saisissantes : les réductions des écarts constatés permettraient une hausse du PIB de 6,9%, correspondant à 150 milliards d'euros. Evaluant la baisse des dépenses publiques liées aux indemnités chômage, France Stratégie envisage un gain des recettes publiques de 2 points de PIB.

    Le coût des discriminations à l'emploi semble donc être considérable, car, au-delà des simples données économiques, le rapporteur M. Pisany-Ferry estime que la France " se prive de talents ", talents qui participeraient à leur tour à la création de richesse au niveau national. C'est désormais aux entreprises mais aussi aux pouvoirs publics de s'emparer de la question.

    Cette lettre est réalisée par : Anne-catherine Auzanneau, Delphine Guidat, William Kennedy

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