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    Compte personnel de formation : " Appli CPF ", mythe ou réalité ?

    19 December 2019

    Depuis le 29 novembre 2019, chaque salarié peut avoir accès à son compte personnel de formation (CPF) depuis son smartphone. Comment fonctionne cette " appli CPF ", que ce soit du côté des travailleurs, mais aussi des organismes de formation ? La promesse d'une individualisation de la formation pourra-t-elle vraiment se concrétiser ?

    Une nouvelle " appli " qui va révolutionner les pratiques ?

    L'application "Mon compte formation" vient changer les pratiques d'achat de formation. En effet, elle permet aux salariés de consulter leur solde disponible en euros, le catalogue de formation et même de s'inscrire directement à une formation. En effet, la grande nouveauté de cette application est de leur permettre de réserver et de payer leurs formations sans intermédiaires.

    Elle vient aussi impacter les habitudes des organismes de formation. Ces derniers auront 48 heures – une véritable révolution - pour répondre à une demande d'inscription. Si la formation nécessite des prérequis, un délai supplémentaire de 30 jours maximum est prévu pour vérifier que le candidat coche les cases. Dans les deux cas, le titulaire, s'il est retenu, aura quatre jours ouvrés pour confirmer la commande, puis 14 pour se rétracter

    Si le titulaire annule son inscription plus de sept jours ouvrés avant le début de la formation, aucun justificatif ne lui sera demandé, son compte sera recrédité du prix de la formation et l'éventuel reste à charge remboursé sous 30 jours calendaires. Moins de sept jours avant (hors cas de force majeure), le CPF sera débité du prix de la formation et l'éventuel reste à charge ne sera pas remboursé (il restera mobilisable pour une autre formation). Idem en cas d'absence injustifiée le premier jour. S'il jette l'éponge au-delà, le titulaire perdra tout.

    Face à ces nouvelles " contraintes ", les prestataires de formation vont devoir remettre à plat une partie de leurs pratiques commerciales et repenser leur offre en B to C.

    Un départ fulgurant

    L'objectif affiché par le gouvernement en lançant cette application est de donner aux salariés, demandeurs d'emploi mais aussi aux indépendants (à partir de mi-2020) le moyen de choisir eux-mêmes leurs stages. L'idée est bien là : la désintermédiation a pour but de donner un accès égal à tous à la formation.

    Et les premiers chiffres semblent encourageants. Le 4 décembre, Michel Yahiel, directeur des retraites et de la solidarité de la Caisse des dépôts et des consignations, a fait un point sur le lancement de l'application CPF. 7 000 organismes de formation et 300 000 sessions de formation y sont référencés. Selon lui ; " Comme toute appli, elle va connaître des évolutions très fréquentes liées à la nécessité de procéder à des améliorations, conformément aux remontées des usagers. "

    Mais n'existe-t-il pas des limites à son utilisation ?

    En effet, des doutes persistent quant à l'apport réel de l'appli, et dans un premier lieu sur le nombre de comptes qui seront effectivement actifs. Ainsi, en novembre dernier, seuls 8,6 millions de comptes étaient ouverts et 2 millions de travailleurs l'avaient utilisé. Si ces chiffres semblent déjà importants, ils sont toutefois à ramener au nombre de salariés et demandeurs d'emplois (28 millions) et d'indépendants (environ 3,5 millions) ciblés.

    Autre point soulevé par les syndicats : celui du prix des formations. D'après Michel Beaugas, secrétaire confédéral FO, " Les utilisateurs ont en moyenne entre 1 400 et 2 000 euros à disposition quand ils se connectent pour la première fois. Mais ce n'est pas suffisant pour réaliser une formation qualifiante….Le ministère du Travail garantit qu'au contraire Mon Compte Formation permettra de “comparer les prix”, et qu'une “transparence vertueuse” devrait pousser les organismes à les baisser, mais je n'en suis pas si sûr. "

    Enfin, une dernière interrogation apparaît : comment fonctionne l'algorithme de l'appli CPF ? Quelles seront les formations mises en avant et qui remonteront le mieux ? Si le gouvernement désire promouvoir les formations les plus professionnalisantes, quelle sera la réalité ?

    Et cette individualisation souhaitée, comment la mettre en place ? En effet, les salariés les moins qualifiés, on le sait déjà, sont peu concernés par la formation, pourront-ils tout de même identifier seuls les compétences dont ils vont avoir besoin dans un marché de l'emploi de plus en plus complexe ? Pourront-ils faire les choix de stages les plus pertinents et ce même si le dispositif du conseil en évolution professionnelle a été renforcé ?

    L'année 2020 devrait être, en tout cas, riche en évolution sur le marché de la formation.

    Cette lettre est réalisée par : Anne-catherine Auzanneau
    , Delphine Guidat
    , Richard Arjoun

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