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    CFA : quel bilan 2020 ?

    22 January 2021

    Les centres de formation d'apprentis (CFA) et leur modèle économique ont été impactés par le confinement, la libéralisation du marché de l'apprentissage avec la possibilité offerte aux entreprises de créer des centres, l'évolution du système de financement avec le coût-contrat et la crise sanitaire. Décembre 2020, France Compétences a mené l'enquête auprès des CFA, afin notamment d'évaluer leur situation financière et les solutions mises en œuvre en termes d'offres. Et les premiers retours sont encourageants.

    Une année positive malgré la crise et la réforme

    Premier enseignement de l'enquête : les CFA sont relativement optimistes sur leurs activités en 2020.

    Du coté des apprentis, l'évolution des effectifs à la hausse est envisagée par 75% des établissements interrogés, les centres relevant de l'enseignement supérieur étant même encore plus positifs. Près de la moitié des CFA estime, par ailleurs, que 2020 ne sera pas marquée par une augmentation des apprentis sans employeur. Pour eux, si la réforme apportée par la loi " avenir professionnel " a joué, c'est avant tout le plan de relance de l'apprentissage gouvernemental qui a agi sur les effectifs et les recrutements des entreprises.

    La confiance est aussi de mise concernant leur situation financière. 46% des centres prévoient que leur bilan comptable sera à l'équilibre, et 22% qu'il sera même excédentaire. Hausse des ressources, harmonisation des financements, prévisibilité des recettes grâce au financement au coût-contrat sont mis en avant par des CFA, qui, dans le même temps, pointent du doigt une hausse des dépenses, notamment des charges de personnel. En effet, pour une majorité d'entre eux, la réforme du système de financement a aussi amené un allongement du temps consacré à la facturation et à l'encaissement des contributions OPCO.

    Et l'inquiétude est forte pour certains CFA, même s'ils sont en minorité. 19% des sondés enregistrent ainsi une situation déficitaire et 31% pensent que le taux de coût-contrat fixé est trop faible pour couvrir leurs charges.

    De nouvelles modalités pédagogiques et de nouvelles offres

    La rentrée 2020 a aussi été, pour la majorité des acteurs de l'apprentissage, l'occasion de faire évoluer leurs pratiques pédagogiques. Confinement et crise sanitaire oblige, les CFA ont dû s'adapter et augmenter la part de la formation en distanciel ou en proposant des formats hybrides mêlant e-learning et présentiel. Mais ce n'est pas leur unique réponse aux évolutions du marché. Ainsi, plus de la moitié des CFA ont fait le choix d'élargir leur offre de formation en ouvrant de nouvelles sections. C'est plus particulièrement le cas pour les centres délivrant des titres de l'enseignement supérieur ou pour ceux ayant un bilan financier positif.

    Mais les changements concernent aussi l'implication des entreprises. Les CFA demandent plus d'investissement de la part de ces dernières dans le parcours de formation, afin notamment que les situations de travail soient mieux intégrées dans les apprentissages. Et l'intérêt du monde économique pour l'alternance ne faiblit pas, d'autant plus que la crise n'a pas freiné les projets de création de CFA d'entreprise ou de partenariats avec le monde éducatif.

    Les projets de CFA d'entreprises toujours en cours

    En réponse à une pénurie de talents toujours existante ou pour former aux métiers émergents, certains grands groupes ambitionnent toujours de développer leurs propres centres et offres de formation. C'est le cas, par exemple :

    • de Manpower, qui au travers de sa " Manpower Academy ", s'intéresse aux secteurs de la logistique, du BTP ou encore de l'IT,
    • de Système U, au travers de son CFA dédié aux métiers de bouche,
    • de Korian, qui espérait accueillir 200 apprentis dans son centre dédié aux soins et à l'accompagnement du grand âge,
    • ou encore d'Orange, qui, depuis octobre 2020, accueille dans son " école " des jeunes pour les former aux métiers de la cybersécurité, du cloud ou de la data…

    Restent pour ces CFA, qu'ils soient publics, privés ou d'entreprises, à affronter 2021, alors que la crise liée au Covid-19 est loin d'être fini. Si l'Etat leur a permis, lors du deuxième confinement, de recevoir du public, la hausse des dépenses – notamment du coût moyen de la formation - constatée par les acteurs du secteur fait craindre aux fédérations professionnelles pour la survie d'une partie des centres qui n'auront pas pu revoir leur modèle économique. L'étude réalisée par France Compétences est d'ailleurs, en cours de complément par une enquête qualitative. Elle devrait justement offrir une meilleure compréhension de ces modèles économiques. A suivre donc.

    Cette lettre est réalisée par : Delphine Guidat
    , William Kennedy
    , Pierre-louis Passalacqua

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