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    Confinement prolongé : rester attentif aux conditions de travail et au bien-être des salariés

    08 avril 2020

    En cette période de confinement liée au Covid-19, les directions des ressources humaines et les managers sont en première ligne pour accompagner les salariés qui vivent et vivront le télétravail jusqu'à la fin du confinement. Quel est l'impact de cette situation sur leurs conditions de travail ? Quels sont les points de vigilance pour les entreprises ?

    Un confinement plus difficile à vivre dans la durée

    Selon les sondages et études menées régulièrement avant la période de confinement, le télétravail était plutôt bien perçu par les télétravailleurs. Diminution de la fatigue liée aux transports, conséquences positives sur l'autonomie et l'efficacité professionnelle, épanouissement dans le travail, amélioration de l'équilibre vie privée / vie professionnelle : tous ces atouts étaient évoqués par les sondés.

    Mais, les conditions mises en avant étaient bien différentes de celles d'aujourd'hui, les salariés interrogés pratiquant alors le télétravail une à deux fois par semaine et non pas de façon permanente et " imposée ".

    Qapa, plateforme spécialisée dans le recrutement temporaire, a, quant à elle, mené une enquête après une semaine de confinement, auprès de salariés français. Et les résultats y sont plus mitigés. Ainsi, si un tiers des personnes interrogées déclarent avoir conservé une activité professionnelle " normale ", 48% d'entre elles estiment avoir des " difficultés " avec le télétravail en confinement. Et la question de la durée de ce confinement est primordiale : moins d'un quart de salariés pensent pouvoir rester chez eux trois semaines et 8% un mois.

    La prolongation jusqu'au 15 avril risque donc d'impacter fortement le ressenti des salariés.

    Dans ce contexte, les entreprises, si elles se préoccupent bien sûr de la continuité de leur activité, ne doivent pas oublier l'enjeu en termes de conditions de travail que représente le confinement. Les directions des ressources humaines, mais aussi les managers de proximité sont alors en première ligne pour agir et penser au bien-être des salariés.

    Des situations hétérogènes à gérer

    Un premier point – essentiel - doit être pris en compte : une majorité des salariés concernés par le confinement sont des " primo télétravailleurs " et sont confrontés à une situation nouvelle de travail, qui peut engendrer des inquiétudes. Au-delà même de la question de la santé, stressante dans ce contexte particulier de pandémie, l'expérience du télétravail peut être vécue de façon très différente par chacun.

    Tout d'abord dans le rapport aux outils propres au télétravail. Pour certains de ces " primo télétravailleurs ", ce nouvel environnement numérique est complexe. Le management doit alors tout mettre en œuvre pour les accompagner dans la montée en compétences sur ces équipements. Il doit aussi accepter que l'adaptation à ce nouveau mode de travail puisse être plus longue pour des salariés et que leur " productivité " s'en trouve impactée pendant quelques temps.

    Un autre " public " est aussi à accompagner de façon plus étroite, celui des nouveaux embauchés et des apprentis. Ces derniers, ayant eu peu de temps pour s'intégrer et connaître les équipes, peuvent ressentir plus fortement l'isolement. Ils sont aussi, et c'est normal, moins autonomes dans la gestion de leur activité. Des points plus fréquents sont à envisager entre le management et eux. Il peut être aussi intéressant de mettre en place des " binômes " plus forts entre salariés expérimentés et juniors.

    La question de la charge de travail est, par ailleurs, elle aussi à remettre en perspective. Toutes les tâches n'étant pas possibles en télétravail, il peut arriver que certains membres d'une équipe soient confrontés à une baisse, ou à une réorientation, de leur activité. Cette situation peut être génératrice de stress ou de souffrance, d'autant plus fortement lorsque d'autres salariés d'une même entreprise connaissent eux surcharge de travail ou obligation de sortie.

    Les RH et les managers de proximité doivent rester vigilants face à ces ressentis et tout mettre en œuvre pour permettre une meilleure répartition des charges de travail.

    Des " environnements " de travail parfois tendus

    Leur attention va aussi se porter sur les conditions d'installation de leurs salariés, et notamment en termes d'espaces. Tous les employés ne bénéficient pas des mêmes possibilités, certains peuvent dédier une pièce au travail, ont accès à un jardin, ou disposent d'un matériel adapté (bureau, chaise, connexion numérique de qualité….). D'autres, en revanche, sont confinés dans des appartements plus petits, vivent en famille voire en colocation. Les conséquences sur leur capacité de travail et de concentration seront forcément différentes.

    C'est d'autant plus vrai pour les parents qui doivent soutenir leurs enfants dans leurs apprentissages et qui peuvent parfois difficilement s'isoler. Ce qui n'est pas, là non plus, sans impacter leur temps de travail. D'autres salariés peuvent aussi être " interrompus " dans la journée, parce que des proches, par exemple, sont touchés par la maladie et qu'ils doivent en prendre soin.

    Toutes ces situations amènent bien évidemment le management à repenser la question des horaires de travail et d'une frontière entre vie personnelle et vie professionnelle devenue plus poreuse. Dans ces conditions particulières, il peut offrir plus de flexibilité et, pourquoi pas, proposer aux salariés concernés de définir des plages horaires pendant lesquelles ils ne seront pas disponibles pour l'entreprise. Mettre en place une gestion du travail par objectif, centrée sur les résultats et non pas sur le temps effectif de travail participe aussi d'un accompagnement adapté.

    Enfin, et tout particulièrement pour ces salariés vivant ces situations de travail complexes, il est important de rappeler régulièrement le droit à la déconnexion.

    Une santé physique et mentale à prendre en compte

    Autre incidence du télétravail et du confinement, la sédentarisation et son lot de conséquences sur la santé des salariés. Problèmes de dos ou encore risque de surpoids. Si les effets " physiques " sont évidents, il ne faut pas oublier non plus l'impact de l'inactivité sur la santé psychique.

    Les entreprises, qui doivent toujours répondre à leurs obligations en termes de santé et de sécurité de leurs salariés, peuvent les accompagner dans la pratique d'une activité physique à domicile, en leur donnant accès à des cours en ligne par exemple. La méditation, mise en lumière de plus en plus souvent, prend aussi tout son sens dans le contexte actuel.

    Mais surtout une attention particulière doit être portée sur les conduites addictives et les troubles du comportement. Le sentiment d'isolement, mêlé parfois à l'ennui ou aux circonstances personnelles et matérielles, peut entraîner, en effet, une augmentation de la consommation de produits comme l'alcool, le tabac, le cannabis ou encore de la prise de certains médicaments. Troubles alimentaires, addiction aux jeux ou aux achats risquent aussi de s'accentuer.

    Les managers, en maintenant un lien régulier avec les équipes, sont en première ligne pour identifier les signes – même faibles – des difficultés voire même de la souffrance de certains salariés. Ils peuvent ainsi les faire remonter aux DRH, qui pourront anticiper les risques psycho-sociaux et mettre en place des actions plus ciblées.

    Des craintes pour l'avenir à prendre en considération

    Enfin, et même si elles-mêmes ne sont pas toujours en mesure d'envisager quel sera l'impact du confinement sur leur activité économique, les entreprises doivent prendre en compte les craintes de leurs salariés quant au maintien de leur emploi. L'enquête Qapa le montre : 75% des femmes et 69% des hommes interrogés estiment que la situation actuelle va nuire à leur travail.

    La question de la reconnaissance du travail devient alors cruciale, et le management doit pouvoir témoigner à ses équipes de sa compréhension vis-à-vis des situations de chacun mais doit aussi montrer toute la confiance qu'il leur porte.

    Cette lettre est réalisée par : Delphine Guidat
    , Pierre-louis Passalacqua

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