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    Covid-19 : les politiques salariales en temps de crise sanitaire

    18 December 2020

    L'année 2020, marquée par deux confinements et une crise forte pour de nombreux secteurs économiques, sera aussi touchée en termes de rémunérations. Comment les entreprises ont-elles – ou vont-elles – réagir face à cette situation ? Quel est le ressenti des salariés ?

    Des salaires tirés vers le bas dans le monde

    Les deux tiers des pays sont touchés par une chute de la masse salariale. C'est en tout cas ce qui ressort d'un rapport publié par l'OIT - Organisation internationale du travail. Si les baisses de salaires ont marqué le 1er trimestre 2020, la pandémie devrait encore exercer " une très forte pression " sur le " niveau ou sur le taux de croissance des salaires moyens ".

    Premières victimes : les femmes et les travailleurs déjà faiblement rémunérés. Ces derniers auraient déjà perdu environ 17,3% de leurs salaires, alors que la baisse serait de 6,5% pour l'ensemble des travailleurs. Et les conséquences de la crise devraient perdurer

    Néanmoins, l'OIT ne dresse pas qu'un portrait sombre de la situation. L'organisation rappelle aussi que de nombreux pays ont réagi rapidement à la crise et ont mis en place des politiques d'aides ou de subventions pour sauvegarder les emplois et soutenir les entreprises.

    Premières conséquences en France

    La crise est venue mettre un coup de frein "brutal " à un contexte d'emploi qui était plutôt favorable aux cadres et aux candidats qualifiés.

    " Retournement de situation ", " rupture ", impact sur l'emploi et sur toutes les composantes de la rémunération : toutes les études menées depuis la rentrée, que ce soit par l'APEC, les grands cabinets de recrutement ou les sociétés de conseil sont unanimes, 2020 et 2021 seront des années fortement touchées.

    Ainsi, toutes envisagent des conséquences particulièrement fortes pour les jeunes cadres, une accentuation de l'individualisation des rémunérations, et même la fin de la hausse des salaires sur des marchés porteurs qui ont connu une " trêve " dans la guerre des talents.

    Des salariés entre optimisme, pessimisme et sentiment d'injustice pour l'année à venir

    Selon le cabinet de recrutement Hays, qui a mené l'enquête cet automne auprès de ses clients et de leurs candidats, près d'un tiers des salariés pensent obtenir une revalorisation salariale cette année et ce malgré la crise.

    Une majorité des personnes interrogées rappellent, d'ailleurs, que la question du gel des revenus n'a pas été abordée par leur entreprise. Pourtant, l'optimisme n'est pas de mise : 70% d'entre elles estiment certaine la perspective d'un gel salarial, à leur sens injustifié pour la moitié des répondants.

    Ce sentiment est d'autant plus fort que les salariés se sont fortement investis durant cette période difficile, devant en plus s'adapter à de nouveaux modes d'organisation du travail.

    L'intention des entreprises

    Ce ressenti n'échappe pas aux employeurs, qui sont conscients que la rémunération est un des leviers clés de la motivation. Ainsi, 47% d'entre eux envisagent le versement de primes rebondissant sur l'opportunité que constitue la prime exceptionnelle de pouvoir d'achat reconduite en 2020. Un quart se dit prêt à offrir plus de flexibilité en termes d'horaires ou d'organisation du télétravail.

    Autre piste explorée : offrir de nouveaux avantages. Les DRH ont, semble-t-il, déjà avancé sur ce sujet. Ainsi, d'après une étude du cabinet Robert Half, 62% des salariés disent avoir bénéficié par exemple d'une allocation pour l'achat de matériel de bureau à domicile, pour l'assistance à la garde d'enfants, de congés payés supplémentaires pour raison familiale ou encore d'accès à du soutien psychologique.

    Rémunération globale : le retour

    Autre tendance dans ce contexte compliqué de budgets restreints des entreprises, le concept de rémunération globale fait son retour. Il apparaît essentiel de partager la politique de reconnaissance de l'entreprise et répondre au besoin d'équité des collaborateurs dans l'objectif de maintenir la confiance et le niveau d'engagement des équipes. Or celle-ci ne se limite pas au seul système de rémunération directe.

    Le BSI

    A cet effet les entreprises sont de plus en plus nombreuses à avoir mis en place le Bilan Social Individuel (BSI). Il s'agit, dans un document au visuel attractif, de retracer l'historique individuel de chaque collaborateur de sa rémunération globale.

    Le concept de rémunération globale permet de retenir tous les éléments de rétribution directs ou indirects, individuels ou collectifs dont a et bénéficie chaque salarié de l'entreprise. Cela va du salaire, primes, avantages en nature jusqu'à la mutuelle et la prévoyance en passant par l'épargne salariale. Chez HARIBO, le DRH Sylvain Chatard précise qu'il projette d'intégrer au BSI les " données individuelles consacrées à la formation, afin de communiquer sur l'investissement réalisé par l'entreprise pour la montée en compétences des collaborateurs ".

    Un accès à la culture économique et financière de l'entreprise

    Le concept de rémunération globale facilite la compréhension des enjeux économiques de l'entreprise. Ainsi à travers l'explicitation des éléments d'intéressement et de participation, les collaborateurs ont accès à la manière dont un résultat d'entreprise se créé. Chez Haribo la mise en place du BSI " s'est faite dans un cadre plus large de formation des salariés à la culture économique et financière de l'entreprise ".

    Cette volonté de transparence associée à l'accès à la connaissance est de nature à renforcer l'implication des collaborateurs et la marque employeur si essentielle en cette période de crise sanitaire.

    Cette lettre est réalisée par : Delphine Guidat
    , Sylvie Bouveret
    , Richard Arjoun

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