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    De l'énergie du vent en mer aux énergies marines

    02 May 2012
    L'annonce des résultats de l'appel d'offres portant sur la réalisation des premiers parcs éoliens offshores sur le littoral français constitue la première phase du développement des énergies marines renouvelables. Mais l'enjeu va au-delà tant l'océan se révèle être une source d'énergie riche et fiable.

    Le lancement de la filière offshore

    Le ministre de l'industrie, Eric Besson, a annoncé vendredi 6 avril 2012 le résultat de l'appel d'offres portant sur la réalisation des premiers parcs éoliens offshores sur le littoral français. EDF, associé à Alstom, a remporté trois des quatre lots sur lesquels il était en lice (Guérande, Courseulles-sur-Mer et Fécamp). L'espagnol Iberdrola, allié à Areva, a été retenu pour le champ de Saint-Brieuc. En revanche, le cinquième site, celui du Tréport, a été déclaré infructueux. Les quatre champs sélectionnés devraient permettre d'installer 75 à 100 éoliennes de 5 à 6 MW chacune sur l'ensemble des parcs, la puissance électrique produite devant s'élever entre 1,8 et 2,25 GW (soit l'équivalent d'une centrale nucléaire). Ce qui permettrait d'éclairer à peu près 1.3 million à 1.6 million foyers.

    Désormais, il revient au prochain gouvernement et aux industriels de valider les différents projets d'investissements sur les plans économiques et techniques. La mise en service est prévue entre 2017 et 2020.

    D'ici là, il convient de bâtir une nouvelle filière industrielle : construction de bases pour l'assemblage et la réparation des machines, passation de contrats de sous-traitance pour la réalisation des pâles et des mâts, construction d'une flotte de servitude pour la maintenance des champs,… Il serait souhaitable que l'attrait de l'éolien offshore ne soit pas semblable à celui de l'éolien on-shore. Car, si un échec devait frapper le secteur, la mise à mal de son principal acteur, le consortium emmené par EDF, mettrait en péril le développement et la pérennité de la filière. En effet, au regard de la répartition des sites entre industriels, le risque n'est pas réparti sur plusieurs opérateurs.

    Une première phase qui invite à aller au-delà

    L'annonce du 6 avril permet de passer à la vitesse supérieure en matière d'énergie d'origine maritime, ou plutôt, d'énergie marine. Le marché des énergies marines renouvelables (EMR) est un marché à très fort potentiel pour lequel la France peut briguer les meilleures places. La France dispose d'un grand nombre d'atouts qui peut lui permettre d'envisager l'avenir des énergies d'origines maritimes grâce à l'eau de mer plutôt qu'au vent. Son potentiel énergétique de 11 millions de km2 de zones maritimes sous juridiction française (dont 95% se trouve en Outre-mer) est immense et divers. Le nombre de sites propices au développement des énergies marines est élevé. Les compétences techniques des ingénieurs français ne sont plus à démontrer. Quant au tissu académique, scientifique et industriel, il est hautement qualifié. D'ailleurs, dans le document portant Stratégie nationale pour la mer et les océans, également nommé Livre Bleu, l'objectif pour la France est d'atteindre 23% d'énergies renouvelables dans la consommation d'énergie à l'horizon 2020 avec une contribution des différentes énergies marines estimée à 3%. Même si cet objectif ne peut être atteint qu'avec de l'éolien posé, seule technique mature à cette échéance, il est un catalyseur pour l'ensemble des filières énergétiques lié à la mer : la filière houlomotrice (énergie des vagues), la filière hydrolienne (énergie des courants), la filière ETM (énergie produite grâce à l'énergie thermique des mers), la filière biomasse (énergie obtenue grâce à la valorisation de la biomasse algale) et la filière osmotique qui exploite de l'énergie libérée lorsqu'un courant d'eau douce rencontre un courant d'eau salée.

    Cette volonté d'aller au-delà de la première étape constituée par le lancement de la filière offshore se traduit dans les faits par la volonté du gouvernement et des industriels (DCNS, Alstom, Multibride, etc.) de faire émerger une deuxième filière industrielle française des EMR avec les hydroliennes sous-marines. Le courant du Raz Blanchard dans la Manche pourrait d'ailleurs faire l'objet d'un appel d'offres d'ici deux ans.

    La dynamique et le fort potentiel de la filière EMR

    Dans une économie maritime qui représente en France près de 52 milliards d'euros, la part des énergies maritimes renouvelables ne peut qu'augmenter. Conscient que ce secteur peut constituer un futur relais de croissance s'il est adossé à une base industrielle et technique forte, le gouvernement souhaite faire de la France le premier pôle européen des EMR avec de nouvelles filières industrielles à forte valeur ajoutée, compétitives à l'exportation et qui peuvent redynamiser certaines régions côtières en générant des emplois. Ces installations devraient induire 66 000 emplois (dont 26 000 emplois directs) d'ici 2020 et 785 000 (dont 314 000 emplois directs) d'ici 2050. Selon les prévisions de l'European Water Association (EWA), à lui seul l'éolien devrait représenter 479 000 emplois d'ici 2030 en Europe, dont 294 000 en off-shore.

    Fort de ces perspectives et de ces atouts propices pour créer une filière dynamique et compétitive, près de 80 millions d'euros ont déjà été investis par l'Etat dans les EMR. Par ailleurs, le Premier Ministre a annoncé le 9 mars 2012 la création de l'Institut France Energie Marines. Ce dernier, qui bénéficiera d'un financement de l'Etat de 34,3 millions d'euros au cours des 10 prochaines années, a pour objectif de renforcer l'innovation et les travaux de recherche sur les énergies marines. L'Institut, dont la première présidence est assurée par EDF, propose aussi des moyens d'essais et l'accès à cinq sites d'essais en mer afin d'évaluer des démonstrateurs grandeurs nature. D'ores et déjà, le site de site de Paimpol-Bréhat est opérationnel.

    La fiabilité de la mer comme source d'énergie complémentaire

    La première étape marquée par le lancement de la filière éolienne offshore ouvre la réflexion sur l'avenir de la politique énergétique française. La structuration de la filière et la maturité technologique d'ici une dizaine d'années des hydroliennes et éoliennes flottantes permettent de penser que les énergies marines renouvelables bénéficieront d'une vraie place dans le mix énergétique des régions côtières. Le panel de sources d'énergie offert par la mer (houle, courants, vent …) permet d'ailleurs de limiter la problématique de l'intermittence de la fourniture d'énergie renouvelable. En effet, vent, houle, soleil et courant ne peuvent cesser conjointement ; la mer garantie donc une fourniture d'énergie en continue. Après la révolution du nucléaire dans les années 1960-1970, la prochaine révolution énergétique pourrait être maritime si sont appréciées à leurs justes valeurs la multiplicité des sources d'énergies renouvelables offertes par un domaine maritime métropolitain et ultra-marin aux courants et régimes de vents variés.

    Cette lettre est réalisée par : Pierre-louis Passalacqua, Baudouin Despres, Rosine Magnier

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