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    E-commerce : les dark stores et la croissance du quick commerce

    23 November 2021

    Un sous-sol ou un rez-de-chaussée au cœur de la ville, ni vitrine, ni client, mais des préparateurs de commandes qui s'activent ; ce sont les dark stores. Ils reflètent la course à la taille critique que se livrent les start-up de la livraison rapide. Les acteurs de la distribution traditionnelle se positionnent pour ne pas perdre de parts de marché.

    Les opportunités du quick commerce

    Fatigue, flemme, manque de temps pour remplir le réfrigérateur ? Il existe depuis longtemps la possibilité de se faire livrer par les magasins de proximité. Mais un nouveau service est arrivé en centre-ville, dans les grandes métropoles : la livraison rapide (10 à 15 minutes). Le prix des denrées correspond au marché des petites surfaces de proximité et les frais de livraison tournent autour de 2 euros en moyenne. Concrètement, on tapote sur l'application correspondante et à quelques pas de là, des préparateurs de commandes et des livreurs s'activent. Ces applications proposent 1000 à 2000 produits référencés contre 5 à 7000 pour une moyenne surface.

    Le secret de ces nouveaux venus : des rez-de-chaussée ou sous-sols avec des loyers moins chers que ceux des magasins, avec un emplacement stratégique en termes logistique même s'ils ne le sont pas en termes de visibilité, sans frais de merchandising ; ni en plein centre-ville, trop cher, ni en complète périphérie, afin de garder une proximité permettant cette livraison rapide.

    L'un de ces nouveaux acteurs s'appelle Cajoo, start-up française, née en février 2021. Cajoo est déjà présent dans 10 grandes villes dont Paris. La nouvelle pousse a ouvert son vingtième entrepôt fin septembre. Citons aussi parmi d'autres acteurs, les allemands Gorillas et Flink, Getir d'origine turque, Dija déjà implantée à Londres…

    La livraison à domicile rapide est liée à l'évolution des habitudes du consommateur, accélérée par la crise sanitaire. Ajoutons que les data récupérées par les applications sont des données de consommation précieuses. La croissance est rapide et de nombreux acteurs veulent occuper le terrain.

    Les réactions de la concurrence mais aussi les critiques ne se sont pas faites attendre.

    Les risques du marché : concurrence et critiques

    Face à cette nouvelle concurrence, les magasins traditionnels, pour ne pas se laisser distancer, se positionnent sur ce nouveau marché. Carrefour a participé à l'augmentation de capital de Cajoo début septembre et a passé un partenariat avec le spécialiste de la livraison à domicile Uber Eats. Le groupe Casino et Monoprix ont passé un partenariat avec Uber Eats. Aux USA, les pure players du e-commerce suivent aussi le mouvement ; ainsi Amazon a ouvert un dark store à Brooklyn au cœur de New-York. Monoprix a ouvert deux entrepôts dans Paris, dédiés au commerce en ligne qu'elle pratique sur Amazon mais avec des délais de livraison traditionnels. Franprix fait valoir son offre plus riche, avec un nombre de références bien supérieur, même s'il assure des délais de livraisons plus classiques.

    Ce nouveau e-commerce à livraison rapide ne va pas sans susciter les critiques en termes de précarité pour le personnel, de QVT dans ces locaux sans fenêtres, et d'urbanisme ; ces rez-de-chaussée aux murs aveugles ne sont pas là pour agrémenter la ville et la rendre plus conviviale. Ce changement de destination des locaux commerciaux en entrepôts, avec les nuisances qu'elles peuvent engendrer, n'est pas forcément vu d'un bon œil par les riverains.

    Ce marché vient sur le terrain de la distribution de proximité. Pour la protéger, des collectivités locales commencent à refuser des permis d'exploitation.

    Pour limiter les nuisances Cajoo fournit à ses livreurs un vélo, Gorillas et Flink un vélo électrique, Getir un vélo électrique ou un scooter électrique. En ce qui concerne le risque de précarité, chez Cajoo, Flink ou Getir, on propose des CDI.

    La rentabilité de ce type de services, gourmand en main-d'œuvre, n'est pas automatiquement assurée. Et côté datas, le RGPD et la protection de la vie privée limitent également les perspectives. Le quick commerce de plus ne représente encore qu'une faible part de marché. Ce qui est autant une opportunité de la voir grandir qu'un risque de la voir se limiter si l'engouement retombe.

    De nombreux acteurs souhaitent occuper le terrain et faire leur place à temps. Mais, étant donné le nombre d'entrants, même si certains peuvent devenir pérennes, d'autres résisteront-ils à l'épreuve du temps ?

    Cette lettre est réalisée par : Michel Logerot
    , Stéphane Chen

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