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    Jeunes diplômés : une entrée sans précédent sur le marché de l'emploi

    12 novembre 2020

    " Génération Covid ", " diplômés Covid " : voilà comment sont désormais appelés les jeunes qui viennent de sortir du système éducatif et qui doivent tenter de trouver leur place dans le monde du travail. Mais à l'heure du reconfinement, ont-ils tous les mêmes chances de trouver un recruteur et de s'intégrer professionnellement ? Quelles sont leurs solutions ? Quelle politique de soutien de la part de l'Etat ?

    Un constat préoccupant

    750 000 : c'est le nombre de jeunes qui ont fait, cet automne, leur entrée sur un marché du travail fortement touché par la crise sanitaire. Et les statistiques le prouvent, leur situation est des plus complexes.

    Selon l'INSEE, le taux d'emploi des moins de 25 ans a seulement atteint 26,6% au second trimestre 2020. Et pour l'APEC, le sort des jeunes diplômés du supérieur (190 000 viennent d'obtenir une licence ou un master), habituellement plus armés pour lutter contre le chômage, n'est pas meilleur. En effet, l'association, qui accompagne les cadres, a noté une chute de 41% du volume d'annonces accessibles aux débutants.

    Seules les offres de CDD acceptant les jeunes diplômés ont, elles, augmenté de plus 18%. Cette situation, symbole d'un marché de l'emploi marqué par l'attentisme des recruteurs, porte en elle des craintes de précarisation, notamment dans certains secteurs d'activité.

    Des secteurs plus impactés

    L'hôtellerie, la restauration, le tourisme, l'évènementiel ou encore le transport et l'aéronautique ont été touchés de plein fouet par la crise, et les jeunes qui avaient fait le choix de ces filières sont contraints de revoir leur projet professionnel. Et d'autant plus que la crise est partie pour durer dans ces métiers.

    Mais, bien au-delà de ces domaines où l'impact du confinement a été immédiat, d'autres activités ont aussi réduit leurs embauches. Alors qu'ils représentaient jusqu'à maintenant un débouché important pour les écoles de commerce et d'ingénieurs, les secteurs du conseil en management, en stratégie et en technologie ont réduit de façon significative leurs recrutements, de même, dans le secteur R&D.

    Et même les plus diplômés ne sont plus autant épargnés : s'ils arrivent toujours à trouver un emploi, les ingénieurs sortant des grandes écoles ont vu leur temps de recherche s'allonger et le délai d'obtention d'un contrat passer de 1 -2 mois à 3-5 mois.

    Des stratégies à envisager

    Face à cette réalité, ces jeunes sont forcés de repenser leur stratégie d'entrée sur le marché de l'emploi. Et ce d'autant plus qu'ils ont parfois vu s'annuler leur stage de fin d'étude, alors que ce dernier sert souvent de sésame vers un premier poste.

    Alors que l'expatriation a longtemps été une solution tentante pour les diplômés en manque de débouchés mais surtout en recherche d'une première expérience facile à valoriser, la situation sanitaire semble l'interdire pour un certain temps.

    Les jeunes se tournent alors vers d'autres solutions, en retardant notamment leur arrivée dans le monde du travail. Première option : prolonger un stage quand cela est possible et ainsi développer ses soft-skills. Deuxième possibilité : poursuivre des études vers plus de spécialisation encore ou au contraire pour obtenir une double compétence. L'alternance peut alors être une alternative intéressante, les entreprises privilégiant parfois l'embauche d'un apprenti à celle d'un diplômé.

    Ces solutions ne sont pourtant pas parfaites, et ces jeunes, s'ils auront effectivement une expérience ou des connaissances à vendre sur le marché de l'emploi, se retrouveront l'an prochain confrontés à de nouvelles promotions elles-mêmes impatientes d'intégrer le monde de l'entreprise. Et dans un secteur comme l'informatique qui évolue très rapidement, ces dernières promotions seront, en plus au fait des technologies les plus récentes.

    Le déclassement comme risque

    C'est sans doute pour cela que certains étudiants ont fait un autre choix : celui d'accepter des CDD sur des postes pour lesquels ils sont surqualifiés. Si cette situation ne perdure pas dans le temps, ces jeunes, notamment les titulaires d'un bac+5, pourront sans doute retrouver d'ici un an ou 2 un poste en lien avec leur niveau de qualification.

    Mais le revers de la médaille risque d'être très important pour les moins diplômés. En effet, en se positionnant sur ces offres qui ne correspondent pas à leur profil, les plus diplômés " empêchent " à leur tour aux étudiants en bac+2 ou encore en filière technologique de trouver un emploi leur correspondant. L'écart entre ces jeunes – et les inégalités qui l'accompagnent – vont alors se renforcer, et le déclassement risque de se prolonger dans le temps.

    Des jeunes qui veulent rester optimistes

    A l'inverse de certains sondages, d'après les Affiches Parisiennes du 2 septembre 2020, 67% des jeunes interrogés se disent optimistes quant aux opportunités professionnelles dans leur domaine d'activité pour l'année à venir même s'ils étaient 85 % l'an dernier.

    Ils sont même 61 % à penser que les opportunités seront nombreuses, voire très nombreuses dans les prochains mois.

    En revanche les jeunes sont moins confiants en matière de rémunération puisque force est de constater que seuls 25 % des embauchés ayant moins de trois ans d'expérience anticipent une hausse de leur salaire et 21 % des jeunes actifs prévoient même une baisse de leur rémunération. Selon le Cereq, les emplois décrochés en temps de crise, sont souvent moins bien rémunérés qu'espérés.

    Des secteurs qui continent de recruter

    Selon Sébastien Sanchez du cabinet Page Personnel, " La santé, l'e-commerce, la high-tech résistent plutôt bien " (in Les Echos du 7 septembre 2020).

    Certaines fonctions sont toujours très prisées, comme les ingénieurs, les data scientist ou encore les développeurs. D'après Alexandre Collinet, directeur général adjoint au sein de la plateforme Leboncoin, il n'y " aucun signe annonciateur de la fin de la course aux talents ".

    Les ESN (les anciennes SSII) sont, elles aussi, encore actives et désireuses d'attirer des compétences. Elles offrent toujours des conditions attractives en matière d'organisation : télétravail plusieurs jours par semaine, bureaux innovants. En revanche, à l'instar du groupe Capgemini, elles risquent de réduire le nombre d'embauches de débutants.

    Il est vrai que la transformation numérique est plus que jamais d'actualité. Les compétences techniques et managériales dans ce domaine sont donc une nécessité pour les entreprises.

    Chez Alden (conseil en ingénierie) des offres d'ingénieurs - notamment dans le secteur naval - dans de nombreuses spécialités : développement de systèmes embarqués, concepteurs logiciel, ingénieur cybersécurité etc. sont toujours proposées.

    Les PME ont aussi des besoins de recrutement. Ainsi Labsoft, (services numériques) implantée à Toulouse offre des postes en CDI de développeurs web, ingénieurs réseau, ingénieurs systèmes et autres experts en sécurité opérationnelle.

    De même les secteurs de la chimie, de la pharmacie et des cosmétiques embauchent toujours des jeunes diplômés malgré la crise.

    Une politique de soutien qui interpelle les entreprises

    1jeune1solution : tel est l'engagement du gouvernement dans son plan de soutien (1).

    Parmi les mesures phares, figure, dans le décret 2020-982 du 5 août 2020, une aide directe aux employeurs en cas d'embauche d'un jeune de moins de 26 ans.

    A qui s'adresse-t-elle ? Depuis le 1er août 2020 et jusqu'au 31 janvier 2020 , tout employeur de droit privé (y compris une association) qui embauche un jeune de moins de 26 ans en CDI ou en CDD d'au moins 3 mois pour une rémunération inférieure à 2 fois le SMIC horaire (soit 3078,84 euros) bénéficie d'une aide de 4000 euros maximum par salarié.

    Quelles sont les autres conditions requises ? Le salarié ne doit pas avoir appartenu aux effectif de l'entreprise au 1er août 2020 au titre d'un contrat de travail n'ouvrant pas droit à l'aide et ce, afin de favoriser de nouvelles embauches.

    Quant à l'employeur, il doit bien sûr être à jour de ses cotisations sociales et ne pas avoir procéder à un licenciement économique sur le poste concerné depuis le 1er janvier 2020.

    Quel est le montant de l'aide octroyée ? Il est de 4000 euros maximum par an par salarié avec un versement trimestriel. Ce montant étant proratisé en fonction de la durée du travail du salarié et de sa durée de présence (versement au prorata y compris en cas d'activité partielle).

    Quelles sont les formalités pour obtenir cette aide ? L'employeur peut demander le bénéfice de ce dispositif depuis le 1 er octobre 2020 dans les quatre mois du début d'exécution du contrat de travail via le télé service SYLAé mis en place par l'ASP.

    Rappelons également l'aide exceptionnelle mise en place par les décrets 2020-1085 et 2020-1084 du 24 août 2020 concernant l'embauche d'un apprenti ou d'un salarié en contrat de professionnalisation depuis le 1er juillet 2020 et jusqu'au 28 février 2021 : 5000 euros pour un alternant mineur et 8000 euros s'il est majeur la première année d'exécution du contrat

     1 : vous pouvez consulter la fiche pratique "aide à l'embauche des jeunes et des alternants" à l'adresse suivante : https://www.svp.com/livreblanc/formulaire.php?cle=115797

    Cette lettre est réalisée par : Delphine Guidat
    , Céline Niterbuhl
    , Richard Arjoun

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