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    La startup du mois : Primo1D

    20 mai 2019

    Créée en août 2013, Primo1D développe une solution de traçabilité innovante consistant en l'intégration, dans un fil, d'un composant permettant l'identification à distance d'un produit contenant ce fil. Cette solution permet donc de remplacer l'étiquette RFID dans les vêtements mais également dans tous produits devant être suivis ou identifiés.

    L'identification à distance ne tient plus qu'à un fil

    Baptisée E-Thread, la solution est entièrement intégrée dans un fil de 13 cm. Elle permet, en remplaçant les étiquettes contenant une antenne RFID, de détecter un produit lors de son passage dans un portique. La solution vise, en premier lieu, la lutte contre le vol à la démarque inconnue des vêtements et des textiles dans la grande distribution. Selon Checkpoint, l'un des principaux fabricants de solutions de lutte contre cette nouvelle forme de vol à l'étalage, le montant de la perte de chiffre d'affaires généré par la démarque inconnue s'élève à 4,4 milliards d'euros pour la France. A ce chiffre, il faut y ajouter les presque 2 milliards d'euros consacrés au marquage à la source (étiquettes et portiques antivol) et à la formation du personnel.

    Il est aisé, pour une personne malveillante, de découper une étiquette et de rendre ainsi indétectable le passage du produit dans le portique. Il est certainement beaucoup plus difficile de détecter et d'enlever le fil intimement intégré dans le produit.

    Une application directe de la recherche

    La technologie a été développée par l'institut de recherche technologique CEA-Leti de Grenoble. Elle a fait l'objet de nombreux brevets internationaux. Le centre de recherche s'est positionné résolument dans la course à la miniaturisation à l'extrême des composants, au point de pouvoir les intégrer dans les matériaux.

    Le laboratoire a déjà réussi plusieurs prouesses dans la miniaturisation des composants électroniques et des fonctions associées. Il a notamment développé un composant électronique miniature réalisant une fonction retard de résolution picoseconde pour la recherche. Il a également développé des transistors MOSFET à base de nanofils. Cette miniaturisation a plusieurs avantages notamment en ce qui concerne la consommation énergétique, alimenter un composant miniature est évidemment moins énergivore mais cela améliore également les performances intrinsèques de ces composants. " L'utilisation de ces hétéro-structures permet d'augmenter le nombre de puits quantiques dans une même section de fil ", explique un chercheur du Leti. " Ceci a pour effet d'accroître le niveau de courant et donc les performances du composant. "

    Le produit intéresse déjà un grand industriel

    La société vient de boucler un tour de table de 6 millions d'euros, dirigé par le fonds d'investissement Michelin Ventures. Le fait que ce soit Michelin qui investisse dans une startup est intéressant pour au moins deux raisons. La première réside dans le fait que Michelin est une entreprise qui était connue pour cultiver le " culte du secret ". Le décès en 2015 de François Michelin a peut-être permis d'ouvrir un peu les portes de l'industriel. Matthieu Van Der Elst, directeur de Michelin Ventures, déclarait en février 2019 dans un grand quotidien économique tout l'intérêt que l'entreprise portait à la technologie RFID et qualifiait de technologie de rupture le produit de Primo1D. Michelin Ventures avait déjà annoncé qu'elle avait investi dans trois jeunes entreprises l'année précédente mais n'avait pas révélé les noms de celles-ci. Un vestige du culte du secret sans doute.

    La deuxième raison se situe dans le simple fait que ce soit un industriel qui investisse directement dans une innovation de rupture. Cet investissement direct sans imposer le rachat pur et simple de la startup permet, en effet, de conserver la liberté et l'esprit d'innovation qu'on retrouve très souvent dans les jeunes pousses.

    Les clés de l'innovation entre les mains des grandes entreprises

    La France est, malheureusement, réputée pour avoir peur des investissements risqués. Nombre de startups se voient obligées de " s'expatrier " aux Etats-Unis pour obtenir la troisième levée de fonds, la plus importante, souvent d'un montant bien supérieure au million d'euros. Aujourd'hui, de plus en plus de grandes entreprises ont compris l'intérêt que présente ces jeunes pousses qui innovent, bousculent et parfois même bouleversent un secteur d'activité. Les laboratoires d'innovation qui réunissent en une même structure voire en un même lieu la grande entreprise, des salariés et des startups ont dépassé le phénomène de mode et sont maintenant une réalité chez Pernod Ricard, Airbus, Renault, Air Liquide, Vinci ou encore EDF.

    Ces structures, et plus largement, toutes les aides que peuvent apporter les grands groupes français sont une réelle nécessité pour développer et surtout conserver les innovations qui jaillissent du cerveau de nos ingénieurs et inventeurs. L'apport est profitable pour les deux entités. La startup bénéficie des capitaux lui permettant de financer sa R&D, des locaux, de l'accompagnement logistique et la grande entreprise récupère une partie de l'innovation sans risquer d'éteindre l'esprit startup, en la rachetant.

    Cette lettre est réalisée par : Denis Kientz, Stéphane Chen

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