Gestion quotidienne & pilotage stratégique :
éliminez vos doutes, contactez un expert SVP

    Le marché de l'emploi face à la crise sanitaire

    19 mai 2020

    L'épidémie de Covid-19 et le confinement n'ont pas été sans conséquence sur le marché de l'emploi. Chute d'activités, impossibilité de mettre en place le télétravail, gel des recrutements, entreprises et salariés ont été fortement impactés, ainsi que les jeunes diplômés qui s'apprêtaient à rechercher du travail.

    Une forte hausse des demandeurs d'emploi enregistrée en mars

    La DARES et Pôle Emploi l'ont annoncé fin avril, le nombre d'inscrits en catégorie A a enregistré, en mars 2020, une hausse de 7,1%, soit sa plus forte croissance depuis 1996, pour atteindre 3 732 500 demandeurs d'emploi.

    Si les deux institutions rappellent qu'il est souvent difficile d'interpréter des données mensuelles, en raison de la volatilité de ces résultats, elles notent toutefois que le mois de mars a été marqué par une forte baisse des sorties de Pôle Emploi – de moins 29%.

    La ministre du travail, Muriel Pénicaud, dans une interview du 7 mai à Info Social RH, confirme, elle aussi, que, plus qu'une hausse des licenciements, c'est une chute des recrutements qui explique cette croissance du nombre d'inscriptions.

    Enfin, un autre fait important est à noter, le confinement a aussi impacté le renouvellement des missions d'intérim et les embauches de courte durée. Ainsi le mois de mars a connu une progression des entrées à Pôle Emploi pour fin de missions ou de contrats courts.

    Des pertes d'emploi dans le secteur de l'intérim

    Les contrats précaires ont, en effet, été particulièrement touchés par la crise sanitaire. Le Prism'Emploi, syndicat professionnel des entreprises du travail temporaire, estime que les pertes d'emploi intérimaires imputables au confinement seraient de 557 500 ETP (équivalent temps plein) entre la première et la seconde moitié de mars 2020.

    Les acteurs du secteur annoncent, par ailleurs, des baisses d'activité comprises entre 60% et 90%, en fonction des domaines d'activité sur lesquels ils sont présents. Même si les spécialistes de la distribution et le commerce de détail ont pu bénéficier de demandes de la part d'entreprises clientes souhaitant remplacer des salariés absents (notamment pour garder leurs enfants), ces secteurs représentent peu dans le volume global d'activités de l'intérim, ce qui n'est pas le cas, en revanche, du BTP et de l'industrie, qui ont été, eux, fortement impactés.

    Une activité partielle en plein essor

    Selon les données communiquées par la DARES au 11 mai, plus d'1,2 million de demandes d'autorisation préalable d'activité partielle ont été déposées depuis le début du confinement, 39 000 demandes supplémentaires ayant été faites en une semaine. Au total, ce sont 1 015 000 entreprises et plus de 12 millions de salariés qui sont concernés.

    Un impact variable selon les secteurs et les régions

    3 secteurs ont été plus particulièrement touchés par la crise et donc ont été plus demandeurs d'activité partielle, les activités de services spécialisés, scientifiques et techniques et services administratifs et de soutien, le commerce et la construction. Selon les données de la DARES, ils concentrent à eux seuls la moitié des demandes.

    A l'inverse, la distribution, la logistique et le transport, ainsi que les entreprises du digital ont été beaucoup moins concernés, en raison de la période (les commerces de l'alimentaire sont restés ouverts) mais aussi de la pénurie de talents déjà existantes dans le secteur du numérique.

    Enfin, et ce n'est pas une surprise, c'est la région Ile-de-France qui est la plus impactée – avec près d'un quart des demandes.

    Des jeunes affectés et inquiets pour leur avenir professionnel

    Une cible semble, par ailleurs, plus particulièrement touchée par la crise, celle des jeunes diplômés et des étudiants.

    Selon une enquête menée par le site d'emploi spécialisé Jobteaser, en avril 2020, 30% des jeunes déclarent que leur offre de stage ou d'emploi a été annulée ou décalée par leurs futurs employeurs. Quant à ceux qui avaient déjà commencé en entreprise, 19% d'entre eux ont perdu leur stage, alternance ou même contrat, leur entreprise ne pouvant pas organiser le télétravail ou ayant mis en place l'activité partielle.

    Et la difficulté à trouver un emploi est leur principale crainte, c'est en tout cas ce que ressentent 63% des interrogés. Et écoles et universités partagent ce constat : elles estiment à 94% que l'employabilité de leurs étudiants est affectée par la crise actuelle. Nombreux sont les acteurs de l'enseignement qui expriment, par ailleurs, leur difficulté à se projeter sur le long terme.

    Pour autant, étudiants, jeunes diplômes et établissements ne restent pas attentistes. Tous ont mis en place de nouvelles approches pour chercher et trouver des opportunités d'emploi, prendre le temps de se renseigner directement auprès des entreprises, compléter sa formation pour acquérir d'autres compétences ou encore travailler son réseau à distance.

    Mais surtout, les jeunes sont nombreux à exprimer un besoin fort d'engagement, plus de la moitié d'entre eux déclarent vouloir se lancer dans une action bénévole. Et ils ne seront pas les seuls, sans doute, à concevoir un changement dans le choix de leur carrière ou à envisager une réorientation professionnelle, à la suite de la période qui vient d'être traversée.

    Un recrutement au ralenti mais des secteurs encore pénuriques

    Un dernier point est à souligner, malgré la crise, le marché de l'emploi n'a pas été marqué par un arrêt total des recrutements, mais bien par un fort ralentissement, comme le signalait la ministre. Le Syntec Conseil en recrutement s'inquiétait d'ailleurs, en avril, d'une chute d'activités et estimait que les cabinets spécialisés risquaient des baisses de chiffres d'affaires comprises entre 50% et 75%.

    Pourtant – et ce paradoxe était déjà une des caractéristiques du marché de l'emploi français avant la crise sanitaire – des difficultés de recrutement sont ressenties sur certains profils dits pénuriques.

    Ainsi, les besoins – et les manques - de main d'œuvre sont très forts dans des secteurs particulièrement sollicités en cette période, la santé et le médico-social en première ligne, ceux de la chaîne alimentaire ensuite (l'agriculture et l'agroalimentaire ou encore le commerce) puis la logistique et les transports, l'énergie, les télécommunications ou encore les aides à domicile.

    Face à ces difficultés, le gouvernement a mis en place, avec Pôle Emploi, la plateforme "Mobilisationemploi" pour mettre en contact les entreprises en demande avec les demandeurs d'emploi ou les personnes en activité partielle. Le site comptait, début mai, plus de 10 000 offres d'emploi.

    Enfin, au-delà de ces recrutements liés au contexte, certaines entreprises tablent sur une reprise d'activité, elles ont alors fait le choix soit de reporter les recrutements à la rentrée de septembre soit de poursuivre le sourcing de candidats, notamment cadres. Là encore, il s'agit, pour les recruteurs, d'attirer des talents, souvent très recherchés, dont ils auront besoin rapidement. Les expertises IT, numériques, mais aussi juridiques ou commerciales ont, ainsi, toujours été sollicitées.

    Cette lettre est réalisée par : Delphine Guidat
    , Pierre-louis Passalacqua

    Les articles des experts SVP sur le même thème :