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    Le monde d’après : la métamorphose des RH

    18 juin 2020

    Le 17 mars 2020 pour faire face à la pandémie liée au covid 19, la France basculait en " confinement ". Dans la sphère économique, le monde du travail comme dans celle de notre espace privé, nous allions vivre une expérience sans précédent : pour les uns une réduction ou un arrêt d'activité prolongé, pour les autres le travail à distance !

    Premières, deuxièmes … et troisièmes lignes

    Les salariés dits de " premières lignes ", santé, grande distribution, sécurité, logistique, propreté… ont continué à travailler en se déplaçant et chacun a pu ainsi mesurer leur utilité sociale, leur rôle essentiel pour le fonctionnement de notre pays. Les autres lignes dans un silence assourdissant, ont soit poursuivi leur activité en mode agile, à distance ou fait et font encore l'expérience de l'activité partielle

    C'est l'Etat qui rémunère !

    Conscient de ses responsabilités l'Etat, dans le cadre de la Loi d'urgence pour faire face à l'épidémie de Covid-19 du 23 mars 2020 et des textes pris sur son fondement (1), décidait de la prise en charge de la totalité de l'indemnisation au titre de l'activité partielle, en lieu et place des entreprises à hauteur de 70% de la rémunération horaire brute du salarié concerné dans la limite de 4,5 SMIC par heure de travail perdue. Un montant plancher a été fixé à 8,03€ sauf exceptions, cela correspond environ à un SMIC net. Sauf dans certains secteurs ciblés et dans l'attente de la parution des textes, cette prise en charge passera à 60 % avec effet au 1er juin.

    Un franc succès.

    Ainsi 12,4 millions de salariés (2) ont été couverts entre le 1er mars et le 13 mai 2020 par une demande d'activité partielle, soit à peu près un salarié sur deux. L'accompagnement des entreprises s'est également manifesté par l'attribution de prêts bancaires garantis par l'Etat, le report possible du paiement des cotisations sociales et à venir, des exonérations ciblées de charges patronales sur les salaires… .

    Au " jour d'après "… plus de solidarité ?

    L'Etat redevient un acteur majeur dans la sphère économique pour accompagner la relance. Qu'en sera-t-il demain ? Nos circuits de production et d'approvisionnement mondialisés seront-ils revus afin de réduire notre dépendance ? (3)

    Comme le souligne Cédric Bruguière, consultant en développement RH et transformation chez Freelance, la relance va nécessiter plus de solidarité de la part et entre les entreprises. Il faudra promouvoir une économie plus solidaire, plus durable et associer toutes les parties prenantes. Dès à présent les entreprises doivent se demander par exemple comment "aider ses fournisseurs " ou comment lorsqu'il s'agit de petites entreprises, elles peuvent " se regrouper pour mutualiser leurs moyens et leurs ressources afin d'être plus robustes " (4).

    Si c'est questionnements ne sont pas nouveaux, la crise sanitaire pourrait bien agir comme un booster de tendances. Il en sera ainsi du développement du télétravail.

    Naissance d'une nouvelle fracture sociale.

    Le télétravail a été la solution immédiate et souvent incontournable pour la poursuite de l'activité des entreprises, cela ne doit pas occulter les difficultés et écueils qu'il a révélés.

    Le télétravail a permis la " distanciation sociale " pour notamment, garantir la sécurité au travail. Toutefois certains auteurs se sont émus de l'emploi du terme y compris dans la vie courante et lui ont préféré celui de distanciation physique. En effet cette expression a pu être perçue comme un refus de relations entre les différents groupes sociaux ou une volonté discriminatoire à l'égard de personnes selon leur âge, leur condition de vie

    Le télétravail est réservé à une " élite "…

    Plus un emploi est qualifié, plus il est " télétravaillable " ! D'aucuns ont même été jusqu'à émettre l'idée que la prochaine étape serait la " télémigration ". (5)

    …qui l'utilise dans des conditions privilégiées*

    Si la qualité du matériel est fondamentale encore faut-il pouvoir l'utiliser dans de bonnes conditions. Dans certains milieux sociaux et familiaux moins favorisés, télétravailler n'est pas synonyme de bien-être, bien au contraire ! Travailler avec ses enfants à domicile, dans l'exiguïté de son habitation et un environnement urbain pesant, génère un stress peu propice au travail.

    La distance et parfois la solitude que le télétravail implique, ne convient pas à tout le monde.

    " Les personnes qui se lancent dans le télétravail connaissent souvent une ‘lune de miel' ", explique Aurélie Dudezer chercheuse et professeure des universités à Paris Saclay. Elle constate cependant que 25% des personnes concernées finissent par se sentir isolées. " (6)

    Par ailleurs il peut être difficile de séparer vie professionnelle et vie privée.

    Des fonctions moins bien préparées

    La fonction publique française était la moins préparée à la pandémie, avec près de 60% des employés du secteur découvrant le télétravail. Seuls 48% et 44% des répondants auraient bénéficié du matériel et des logiciels adéquats (respectivement), contre 54% et 47% dans le privé. (7)

    Les oubliés de la crise sanitaire

    Le télétravail a accentué le fossé déjà existant entre le salarié et le non salarié. Nombre de salariés ont bénéficié du télétravail et de l'activité partielle. Les indépendants n'ont pas eu cette chance et certains sortent fragilisés de cette crise sanitaire.

    Cette situation inédite a révélé des attentes pour le " jour d'après " dont il sera question dans de prochains articles. Ces attentes touchent au :

    - management

    La période de confinement que nous venons de vivre a révélé l'agilité des entreprises mais a questionné notre modèle de management. Une refonte semble nécessaire, les collaborateurs aspirant à plus de sens dans leur travail, plus d'autonomie, de confiance, de dialogue, de travail en équipe et d'apprentissage continu. Le manager doit jouer un rôle central et devenir le lien pour ne laisser aucun collaborateur de côté.

    - lien social à réinventer

    En France 33 % des salariés de " bureau " veulent y revenir à plein temps une fois les risques évacués. Les autres souhaitent que le télétravail se développe et alterner avec du présentiel. L'entreprise physique est perçu comme un lieu d'hyper communication où se forme une énergie qui assure la performance d'une équipe ce que ne permet pas aussi facilement l'échange par écran interposé. Dans ce contexte protéiforme, les représentants du personnel auront un rôle central à jouer pour redonner tout son sens au dialogue social.

    - Le recrutement

    La crise sanitaire a et aura un impact sur l'emploi et notamment en termes de recrutement. On peut craindre pour l'embauche des jeunes malgré les aides actuelles et à venir, mises en place.

    Il est donc impératif que le rebond économique se réalise !

    (1) Décret du 25 mars 2020

    (2) Le figaro.fr 13 mai 2020 " Covid-19 : à 12,4 millions, le nombre de salariés placés en chômage partiel commence à stagner " William Plummer

    (3) Liaisons sociales magazine n°212 " La résilience, c'est maintenant ! " Muriel Jaouën

    (4) Fondation Jean Jaurès 2 juin 2020 " Le management est-il mort ? l'Avenir des RH à l'ère du télétravail " Cédric Bruguière.

    (5) site RTS.CH 06/06/2020

    (6) Huffington Post 09/06/2020 " êtes-vous fait pour le télétravail " Sandra Lorenzo

    (7) Etude OKTA Mai 2020 Le monde informatique 29/05/2020

    Cette lettre est réalisée par : Sylvie Bouveret
    , Anne-catherine Auzanneau
    , Richard Arjoun

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