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    Le recrutement des ingénieurs

    31 October 2008

    Les ingénieurs demeurent les chouchous des entreprises. Dotés d’un savoir-faire technique réputé, ils sont au coeur d’une véritable guerre des talents d’autant que dans certains secteurs, cette profession est sous tension. Parallèlement, de nouvelles perspectives s’offrent à eux dans les secteurs du développement durable, des banques- assurances, de la finance, du conseil, au détriment de l’industrie et du BTP.

    Pourtant, nombre de recruteurs ne se satisfont plus des seules compétences techniques des ingénieurs mais recherchent des qualités relationnelles, managériales, linguistiques…
    Comment relever ce défi ? Comment les écoles prennent-elles en compte cette évolution ?

    Quant aux entreprises, elles doivent attirer les talents et les garder ! Comment diversifier ses modes de recrutement ? Comment se distinguer de la concurrence ?

    Zoom sur les ingénieurs en France et en Europe.

    Evolution de la profession d’ingénieur

    D’une profession généraliste, l’ingénieur a évolué vers une profession beaucoup plus spécialisée.

    Depuis l’origine, les écoles d’ingénieurs françaises sont réputées pour leur formation pluridisciplinaire. La polyvalence des formations permet aux jeunes ingénieurs de se voir confier rapidement des missions à l’international ou d’assurer la gestion de grands projets. Pour coller au mieux à la réalité économique et aux attentes des entreprises, les cursus se diversifient vers des champs nouveaux : ingénieur chimiste, ingénieur industriel …

    De nombreuses écoles dispensent un enseignement plus axé sur un métier ou un secteur d’activité : informatique, aéronautique, textile… souvent en liaison avec des entreprises afin d’être au plus proche des attentes de ces dernières.

    Et si l’on déplore le peu d’engouement des jeunes français pour les matières scientifiques, force est de constater que c’est pourtant en France que les ingénieurs sont les plus nombreux et les mieux formés.

    En Allemagne, c’est dès la maternelle que l’on cherche à solliciter l’esprit scientifique….

    Une formation qui se féminise

    Le lieu commun « les sciences ce n’est pas pour les filles » vole en éclat. En 2005, les femmes représentaient 25% de la population des écoles d’ingénieurs (Association française des femmes ingénieurs Décembre 2006). Si elles privilégient certains secteurs comme la R&D, les labos ou le marketing, certaines sont plus attirées par le « terrain » et s’orientent vers la mécanique ou l’aéronautique.

    De l’ingénieur au manager

    Aujourd’hui, en plus d’une formation type « ingénieur », les besoins des entreprises s’orientent vers des managers. L’école HEI (Haute Ecole d’Ingénieurs) a déposé le terme « managénieur » pour qualifier la formation de ses étudiants : « il faut leur donner la formation la plus ouverte possible, valorisée par un parcours diversifié avec une expérience managériale », selon F. Porée , directeur des études(educpros.fr).
    Le management a parfaitement sa place dans la formation des ingénieurs. Décliné dans des cours de gestion, comptabilité, finances, lors d’un cursus classique, certains étudiants optent pour des filières débouchant sur un double diplôme d’ingénieur et de manager.

    Du management au développement durable

    Si l’ingénieur doit être ouvert au management, il doit l’être aussi à la notion de développement durable. A l’avenir, son analyse technique devra intégrer cette approche. Il en sera l’acteur et le levier, puisque c’est lui qui recherchera des solutions aux problèmes d’environnement, de changement climatique, de risques industriels …

    Pour I. ROY, chef de mission recrutement chez TOTAL (les Echos Avril 2008) : «nous sommes demandeurs d’ingénieurs qui sont à l’écoute de la société. Et par exemple nous valorisons les candidats qui ont collaboré à des projets humanitaires ou qui s’intéressent aux énergies alternatives.»

    Au regard de ces exigences, les entreprises doivent savoir les fidéliser. Les jeunes ingénieurs sont moins patients que leurs aînés. Ils instaurent une relation de donnant-donnant : leur entreprise doit leur permettre d’entretenir et d’enrichir leur capital compétences (entretiens annuels, orientation professionnelle, mobilité ….)

    Recrutement des ingénieurs : cote en hausse

    En France

    72 % des ingénieurs nouvellement diplômés trouvent leur premier emploi en moins de deux mois. De l’informatique à la recherche en passant par l’industrie, le BTP et la finance, ils constituent une valeur sûre pour les entreprises françaises. Elles voient en eux un gage de sécurité, de créativité et de productivité.

    Papy boom et désaffection des filières scientifiques obligent, les entreprises rivalisent pour séduire, attirer et fidéliser les ingénieurs.
    Exit les méthodes traditionnelles, place aux salons virtuels de recrutement en 3D, Second Life, réseaux sociaux comme Facebook ou au speed recruting chez Areva-Alstom.

    Le vivier national ne semblant plus suffire, les entreprises développent l’offshore. Ainsi la SSII Des Systèmes et des Hommes, après avoir eu recours à des ingénieurs étrangers formés en France, envisage la création d’une filiale de recrutement en Inde. L’objectif pour cette société est de permettre aux ingénieurs indiens d’intégrer progressivement la structure française.

    Marché Mondial

    Courtisé par l’étranger, le marché de l’emploi des ingénieurs s’internationalise. Ils sont de plus en plus nombreux à décrocher un emploi hors de l’hexagone (13,1 % en 2007 selon le CNISF, Conseil national des ingénieurs et des scientifiques de France).

    Leur profil polyvalent est très convoité à l’international notamment par les industriels allemands. Ceux-ci recrutent abondamment dans l’Est de la France.
    Notre voisin doit faire face à une réelle pénurie d’ingénieurs (50 000 en 2007 ).
    Résultat : selon l’Institut d’Economie de Cologne (IW) une entreprise sur cinq est dans l’obligation de refuser des contrats commerciaux. Le volume global du manque à gagner s’élèverait à 20 milliards d’euros. Aussi le gouvernement fédéral a supprimé la clause de préférence nationale à l’embauche pour certains profils d’ingénieurs en provenance de l’Europe de l’Est.

    La situation des ingénieurs a rarement été aussi favorable sur le marché tant national qu’international. Malgré la crise financière actuelle, ce profil n’en semble pas affecté.
    Reste à adopter des actions à long terme dans lesquelles s’impliqueront les entreprises car les tensions d’aujourd’hui ne doivent pas se transformer en pénurie de demain.

    Nos conseils :

    - Participer à un partenariat Ecole/ Entreprise afin de vous faire connaître et de repérer en amont les futurs diplômés
    - Inciter à la participation à des réseaux d’ingénieurs (anciens d’écoles; association professionnelle...) voire de think tank *
    - Favoriser l’échange de bonnes pratiques entre les jeunes ingénieurs et vos ingénieurs seniors ou expérimentés
    - Renforcer la formation des jeunes ingénieurs au management et à la communication

    Définition :

    * c’est une institution privée, regroupant des experts dans un ou plusieurs domaines émettant des idées et visant à faire des propositions. Le think tank est plus connu en France sous le nom « laboratoire d’idées » ou de cercle de réflexion.