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    L'inflation à son plus haut niveau depuis 2012 : une menace pour l'économie française ?

    27 août 2018

    Après avoir franchie la barre des 2% en mai, l'inflation a atteint son plus haut niveau en France depuis 2012. En juillet, les prix à la consommation ont augmenté de +2,3% sur un an. Cette inflation continue résulte essentiellement d'une accélération des prix de l'énergie, de ceux des services et du tabac. Dès lors, le retour de l'inflation est-il une opportunité ou une menace pour l'économie française ?

    Une forte inflation poussée par les prix de l'énergie et des services

    En juillet, les prix à la consommation ont augmenté de +2,3% contre +2,0% en juin, soit plus 0,3 point de pourcentage sur un mois. Sur un mois, l'inflation est en recul de -0,1%. Comme depuis plusieurs mois, les prix de l'énergie sont à l'origine de cette hausse des prix en France, suivi par une légère hausse des prix dans le secteur des services.

    Les prix de l'énergie sont en hausse, pour le quatrième mois consécutif, à +14,3% sur un an contre +12,3% en juin dernier. Sur un mois, les prix de l'énergie ont progressé de +0,5%. La hausse des prix de l'énergie résulte, d'une part, de la hausse des produits pétroliers (+21,8% sur un an) et, d'autre part, des prix du gaz (+17,3% sur un an). Le contexte international relatif aux tensions commerciales entre les Etats-Unis et la coalition entre la Russie et l'OPEP explique l'augmentation du baril de Brent. Les prévisions pour les mois à venir restent pessimistes au sens où les Etats-Unis comptent appliquer dès novembre des sanctions financières et diplomatiques aux pays qui importeraient du pétrole iranien. L'Iran est par ailleurs le troisième producteur de brut au sein de l'OPEP.

    Enfin, concernant le secteur des services, les prix des services ont augmenté de +1,3% sur les douze derniers mois contre +1,2% en juin dernier. Cette inflation résulte principalement du secteur du transport (+1,4% sur un an) avec une double hausse des prix dans les secteurs du transport aérien (+1,4% sur un an) et du transport ferroviaire (+1,0% sur un an) en raison de la fin des offres promotionnelles pour la période estivale. Comme cela est le cas traditionnellement, la période des vacances scolaires est propice à une inflation des prix dans le secteur de l'hôtellerie et de l'hébergement (+5,7% sur un an contre +5,2% en juin).

    Faut-il s'inquiéter du retour de l'inflation en France ?

    Cette inflation continue des prix, comme nous le constatons dans nos publications sur le pétrole, résulte principalement du coût de l'énergie. Ce fort niveau d'inflation à plus de 2% est-elle réellement une source d'inquiétude pour l'économie française ? La réponse à cette question dépend, d'une part, des produits et services consommés et, d'autre part, du rôle de chaque agent économique face à ce phénomène.

    En effet, l'inflation des prix en France touche des secteurs variés en fonction de la période et du contexte. L'énergie est la principale variable d'augmentation des prix. Donc, la consommation de produits pétroliers et du gaz est la principale dépense en hausse dans le panier moyen consommé en France. De plus, le tabac a également contribué à augmenter l'indice des prix à la consommation, notamment avec les nouvelles taxations entrées en vigueur en mars et juillet dernier.

    Concernant les acteurs économiques, l'inflation touche les entreprises et les ménages dans des proportions différentes. Pour les entreprises, outre la hausse des prix des matières utilisées pour la production des biens et services qui sera répercutée sur le prix final, une forte inflation annonce une future hausse des taux d'intérêts qui aura un impact négatif sur les investissements. Toutefois, bien que prônant la stabilité des prix dans la zone euro, la Banque Centrale Européenne (BCE) n'a toujours pas relevé ses taux directeurs, alors que l'inflation est présente en zone euro à des niveaux similaires à celui de la France. D'après les prévisions, il y a de fortes de chances que la situation demeure inchangée pour encore deux ans du fait de l'instabilité politique en Europe, de la fragilité de certains pays du Sud de l'Europe (Espagne et Italie en ligne de mire) ayant une dette publique élevée et enfin, de la frilosité du secteur bancaire européen à l'heure où le Brexit arrive à échéance. Ainsi, par précaution, la BCE reste vigilante et conserve tous les instruments de politique monétaire qui lui permettraient de gérer une éventuelle nouvelle crise.

    Quant aux consommateurs, l'inflation a des conséquences sur le pouvoir d'achat des ménages. L'inflation ayant été modérée durant plusieurs années, les entreprises n'ont pas toutes revalorisé les salaires et cette hausse des prix va donc avoir des répercussions sur le salaire disponible des salariés. L'inflation a également des effets négatifs sur l'épargne des ménages. Par exemple, le livret A, livret d'épargne populaire auprès des français, est directement indexé sur le taux d'inflation. Avec un taux d'inflation supérieur à 2% et un taux de rémunération actuelle à 0,75%, le décalage de taux entre les deux valeurs n'est pas favorable aux épargnants.

    Néanmoins, malgré ce pic atteint, l'INSEE table toujours sur un taux d'inflation annuel de +1,7% pour l'année 2018. Cependant, il faudra rester vigilant au contexte politique et aux différentes tensions commerciales toujours en cours sur la scène internationale. La consommation et le pouvoir d'achat des ménages seront, a priori, l'un des sujets de préoccupation en France avec à la fois les réformes fiscales à venir (suppression de la taxe d'habitation) et l'entrée en vigueur du prélèvement à la source qui aura un impact sur le salaire net disponible des salariés.

    Cette lettre est réalisée par : Kader Berachoua, Stéphane Chen, Pierre-louis Passalacqua

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