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    Matières premières : risque d'envol pour l'hélium

    26 mars 2019

    L'hélium est l'une des ressources rares de notre planète. Connu du grand public pour le gonflement des ballons, il a surtout d'importantes applications industrielles, en particulier pour le refroidissement à de très basses températures dans les processus de fabrication de hautes technologies (métallurgie, électronique, fibre optique, etc.) ou encore dans le milieu médical avec l'utilisation croissante de l'imagerie par résonnance magnétique (IRM). L'hélium fait face à un déséquilibre entre l'offre et la demande, notamment poussé par les pays émergents et un contexte mondial actuel qui renforce la rareté de cette ressource.

    Une ressource rare concentrée et partagée par quelques pays

    D'après les experts du secteur, les ressources mondiales d'hélium sont estimées à 31,3 milliards de m3 pour seulement 12 gisements d'hélium existant dans le monde (U.S. Geological Survey, Mineral Commodity Summaries, Feburary 2019). Peu de pays possèdent et commercialisent l'hélium : les États-Unis disposent des ressources mondiales les plus importantes (20,6 milliards de m3), suivi par l'Algérie, le Qatar, la Russie, la Chine et le Canada. Cette concentration de pays représente, de facto, une dépendance pour les pays importateurs de cette ressource, dont la France.

    Une hausse de 102% des prix à l'importation en France depuis novembre 2018

    Les prix à l'importation de l'hélium en France ont augmenté de +37,9% sur les douze derniers mois.

    En outre, depuis novembre 2018, les prix à l'importation en France de l'hélium se sont considérablement envolés avec une hausse importante de +102%, passant de 4,27€ à 8,63€ par mètres cube. Cette hausse des prix s'explique par une insuffisance de l'offre.

    Un contexte géopolitique inquiétant et influençant les coûts de production

    Les pays importateurs sont dépendants des fluctuations sur le marché de l'hélium, souvent causées par le contexte géopolitique des pays exportateurs. A titre d'exemple, l'Algérie représente plus de 70% des quantités importées en France alors que le Qatar représente 79% des quantités importées aux États-Unis. A la source de cette hausse des prix de l'hélium, on retrouve plusieurs facteurs.

    Premièrement, la hausse des prix est la conséquence d'une offre insuffisante, souvent liée au manque d'investissements en infrastructures pour extraire la matière, combinée avec une hausse croissante de la demande en hélium, boostée par la croissance des pays émergents, notamment dans le secteur médical (besoin en imagerie médicale par exemple).

    Secondement, le contexte géopolitique des pays producteurs peut aussi avoir des conséquences sur l'inflation des prix. Prenons le cas du Qatar : depuis deux ans, le pays est mis sous embargo par l'Arabie saoudite, l'Egypte et les Emirats arabes unis. Une décision à laquelle vient s'ajouter des mesures économiques, comme la fermeture des frontières terrestres et maritimes, l'interdiction de survol et des restrictions sur le déplacement des personnes. Cette décision a eu pour conséquence la fermeture des usines d'hélium exploitées par RasGas, une filiale du Qatar Petroleum, en raison de la fermeture des frontières par l'Arabie Saoudite, bloquant ainsi les exportations terrestres du gaz (2 milliards de m3 d'hélium liquide, soit environ 32% de la demande mondiale totale de gaz, selon RasGas).

    De nos jours, les yeux sont désormais tournés vers l'Algérie. Le chef de l'État algérien est confronté à des signes d'oppositions de la part de la population. Des manifestations sont organisées dans toutes les Wilayas du pays même si ces dernières sont interdites dans le pays. D'après les experts, il existe un réel risque social et politique en Algérie, dans la continuité du printemps arabe observé en Tunisie, puisque la population algérienne est jeune et le taux de chômage est de 11,6% en 2018.

    Perspectives d'avenir pour l'hélium

    En 2017 et 2018, la demande a été supérieure à l'offre. Aussi, la demande mondiale en hélium devrait augmenter de +3,7% par an jusqu'en 2023. A côté de la demande des pays émergents, l'Europe concentre la plus forte demande en hélium avec un volume de 80 millions m3 en 2018.

    Toutefois, le déséquilibre entre l'offre et la demande mondiale d'hélium devrait s'apaiser dans les années à venir, notamment en raison d'une hausse de la production de la matière première pour répondre aux besoins croissants. En 2017, un nouveau gisement a été découvert par la société norvégienne Hélium One en Tanzanie. Il contiendrait 2,3 milliards de m3 d'hélium, ce qui en ferait l'un des gisements les plus importants du monde. Cette découverte pourrait potentiellement redresser l'écart entre l'offre et la demande à moyen terme. Autre prévision optimiste, les États-Unis nouent des liens commerciaux encourageants, notamment avec l'Algérie, pour augmenter les capacités de production du pays (par le biais d'ExxonMobil notamment).

    Néanmoins, il convient de rester prudent sur les prédictions de l'accessibilité à l'hélium. De nombreux fournisseurs et États possèdent des stocks importants, ce qui limite la dépendance au contexte géopolitique d'une seule zone géographique.

    Cette lettre est réalisée par : Kader Berachoua, Stéphane Chen, Pierre-louis Passalacqua

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