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    Pénurie de talents en vue ?

    22 août 2018

    Si 2018 devrait être marquée par une progression des embauches, que ce soit dans le secteur des services aux entreprises ou dans l'industrie, le marché de l'emploi devrait connaître aussi une hausse des difficultés de recrutement. Plusieurs études s'inquiètent même d'une pénurie de talents à venir, non sans conséquence sur les économies mondiales.

    Des "besoins de main d'œuvre" forts

    Pôle Emploi, au travers de son enquête annuelle BMO*, anticipe pour 2018 une hausse importante des intentions de recrutement de la part des employeurs. Selon l'établissement, la France pourrait comptabiliser 2,35 millions d'embauches potentielles, soit 370 000 projets de plus qu'en 2017.

    Si cette nouvelle est bonne – les intentions d'embauche et les emplois durables progressant dans tous les secteurs de l'économie, Pôle Emploi vient toutefois ajouter une ombre au tableau. Les employeurs anticipent, en parallèle, une hausse de leurs difficultés à recruter. Plus de 40% des projets de recrutement seraient concernés, le secteur de la construction et l'industrie exprimant des inquiétudes plus fortes.

    L'enquête n'est d'ailleurs pas la seule à mettre en avant ces difficultés de recrutement. Selon Manpower, 45% des employeurs dans le monde déclarent ne pas réussir à recruter les profils dont ils ont besoin.

    Depuis 10 ans que le cabinet interroge les chefs d'entreprises, 2017 semble être une année "record". Cette réalité est encore plus forte pour les entreprises de plus de 250 salariés, plus d'un quart estimant que la situation s'est dégradée.

    Manque de candidats, expérience demandée non comblée : les employeurs disent constater une véritable inadéquation entre les compétences techniques ou comportementales demandées et celles détenues par les salariés potentiels.

    La "course aux talents" d'ici 2030 ?

    1,5 million de salariés manquant à l'appel en France d'ici 2030 : c'est d'ailleurs ce que prévoit Korn Ferry dans son étude "The Global Talent Crunch".

    Pour le cabinet, le déficit de compétences adaptées aux besoins des entreprises s'accentue dans le monde, et devrait impacter les grandes économies mondiales. Il estime qu'au total, la pénurie pourrait atteindre plus de 85 millions de travailleurs qualifiés et représenter une perte de 6 900 milliards d'euros.

    En France, le manque à gagner serait, lui-aussi, important, puisqu'il représenterait 175 milliards d'euros. Les services financiers et commerciaux devraient être parmi les secteurs les plus touchés. Le pays risque alors de ne pas pouvoir profiter, comme il le souhaite, du Brexit en accueillant les sièges des entreprises quittant le Royaume-Uni. Le secteur des technologies télécommunications et l'industrie devraient eux-aussi être confrontés à un véritable manque à gagner.

    Point encore plus critique : un fort déséquilibre dans la répartition des compétences. En effet, si la France risque d'être un des cinq pays les plus touchés par la pénurie de talents, dans le même temps, son économie devrait être confrontée, d'ici 10 ans, à un surplus de plus de 1,7 million de salariés ayant un niveau de formation peu élevé.

    Quelles solutions ?

    Selon Korn Ferry, pour que les entreprises - et les économies mondiales – puissent contrer cette pénurie, trois stratégies vont s'imposer. Elles devront soit investir dans l'innovation – et plus particulièrement dans les technologies digitales – soit investir dans la formation, soit accompagner leurs salariés dans le développement de leur capacité d'adaptation et d'apprentissage, en valorisation notamment l'agilité d'esprit.

    Si elles souhaitent préserver leur performance et même assurer leur pérennité, la mise en place de vrais plans de développement des talents s'impose aux entreprises, qui vont devoir remettre les compétences humaines "au cœur de la stratégie à long-terme", comme l'explique Gérald Bouhourd, managing partner au sein du cabinet d'études.

    Mais les entreprises ne peuvent pas réagir seules. Nos systèmes éducatifs sont souvent encore trop éloignés des besoins économiques réels. Il sera donc nécessaire que les gouvernements travaillent aussi à réformer leur système scolaire, pour enfin créer le futur vivier de talents.

    *Besoins de Main d'Ouvre

    Cette lettre est réalisée par : Delphine Guidat, Anne-catherine Auzanneau, Richard Arjoun

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