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    Pétrole : le Coronavirus infecte le cours du Brent

    04 mars 2020

    La cotation moyenne du prix du baril de Brent a subi une dépréciation de 14,5% tout au long du mois de janvier de l'année 2020 passant de 66,23$ le 2 janvier, à 56,62$ à la fin du mois. Le prix du baril continu sa chute vertigineuse, en passant d'une moyenne de 67,12$ pour décembre à 63,65$ en janvier, soit une diminution de 9,44%. Le mois de février ne semble pas faire exception, car malgré une légère hausse des prix, le cours du Brent se situe toujours en dessous de la barre des 60$ le baril. Le prix du baril est même tombé sous les 53,50$ le 8 février, ce qui n'était pas arrivé depuis la fin du mois de Décembre 2018 ! La cause de cette chute du prix du baril est sans nul doute la propagation et la crainte suscitée par le COVID-19, plus communément nommé Coronavirus. Le fait qu'il s'agisse d'un nouveau virus et qu'aucun vaccin n'est actuellement disponible font du Coronavirus un des sujets d'inquiétudes majeurs pour les acteurs pétroliers. Cette crainte est surtout attisée par le fait que l'épidémie s'est déclarée en Chine, dont les activités énergétiques et économiques du territoire représentent 14% de la consommation mondiale de pétrole. Cette baisse du cours du Brent traduit bien l'importance de la consommation chinoise en pétrole, car il suffit que l'économie chinoise tousse pour que les marchés du pétrole soient malades.

    Des préoccupations qui reflètent l'influence croissante que la Chine exerce sur les marchés internationaux

    Les impacts du virus sont plus larges sur les actions et les marchés financiers ; en effet, les actions asiatiques ont chuté et de très grands groupes internationaux comme Apple annoncent qu'ils manqueraient leurs prévisions de revenus trimestriels du fait de la baisse de la demande chinoise. En tant que premier importateur de pétrole mondial, la Chine voit ses activités économiques grandement réduites à cause d'une consommation intérieure anémique et d'une baisse de la demande pour leurs produits. Les raffineries pétrochimiques tournent au ralentie ce qui réduit la demande en pétrole, et engendre une baisse générale des prix. Selon S & P Global Platts, les raffineries chinoises réduiraient leur consommation de 1 million de barils par jour en février ; pour Goldman Sachs, la baisse de la demande chinoise en pétrole est estimée entre 2 et 3 millions de barils par jour. L'OPEP+ s'est réunie début février afin de convenir d'une baisse générale de la production afin de resserrer l'offre et soutenir les prix. Néanmoins, la Russie freine encore en ce qui concerne une réduction de la production de pétrole de 1,7 million de bpj jusqu'à fin mars. De même, cette réduction doit être pensée en fonction de l'importance de la production américaine, car cette dernière n'a en effet pas l'intention de réduire sa production de pétrole de schiste.

    La demande en pétrole est donc à la baisse à cause de l'épidémie, et Robbie Fraser, analyste principal des produits de base chez Schneider Electric, affirme que : " si l'épidémie de virus continue à être un facteur majeur dans la seconde moitié de l'année, elle pourrait non seulement anéantir la croissance de la demande chinoise, mais pourrait potentiellement réduire les attentes de croissance de la demande mondiale de plus de 50% pour l'année ". C'est particulièrement inquiétant pour les membres de l'OPEP +, dont beaucoup considèrent le marché chinois comme une priorité tant pour sa demande que pour son potentiel de croissance futur.

    Le coronavirus a relégué au second plan les perturbations de production en Libye

    S'il n'y avait pas eu la crise liée au coronavirus et son impact sur la demande chinoise en pétrole ; on aurait pu assister à un retour à la hausse du cours du Brent à cause des événements en Libye. En effet, la Chine étant malade, la demande en pétrole s'est donc affaiblie, ce qui a coïncidé avec une réduction de l'offre liée au blocage des plus importants champs et terminaux pétroliers libyens par des groupes alliés au maréchal Khalifa Haftar. On peut ainsi dire que les événements en Lybie, qui auraient normalement constitué une menace pour la production mondiale de pétrole et engendrer une hausse des cours, ont été complètement atténué par le coronavirus et ses conséquences sur l'économie chinoise.

     

    Pétrole - Mars 2020

    Cette lettre est réalisée par : Stéphane Chen
    , Pierre-louis Passalacqua

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