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    Pétrole : le cours du Brent en zone inconnue

    04 May 2020

    La cotation moyenne du prix du baril de Brent a poursuivi sa chute vertigineuse durant le mois d'avril, atteignant 18,32$ contre 32,03$ en mars dernier, soit une baisse de près de -43% sur un mois. Plus impressionnant, sur un an, le prix du baril de Brent s'est effondré de l'ordre de -74,3%. La tendance actuelle continue de s'aggraver, en corrélation avec la pandémie de coronavirus qui affecte l'économie mondiale en mettant plus de la moitié de la population mondiale sous confinement.

    Des prix du pétrole historiquement bas !

    Durant les premiers jours du mois où le prix du baril s'est apprécié de 25,6$ le 1er avril à 34,77$ le 3 avril. Entre le 16 avril (date à laquelle le Brent fluctuait à 28,26$) et le 22 avril au matin, le cours du Brent s'est déprécié de -38,16%. Et si l'on se réfère au cours du Brent du 31 janvier dernier, cette dépréciation est de -73,61%. Jamais le prix du Brent n'avait stationné aussi bas et il faut remonter à janvier 2016 pour avoir une valeur du cours sous la barre des 30$ le baril avec 27,76$ le 20 janvier 2016. Et depuis le mardi 21 avril, le prix moyen du baril de Brent se trouve sous les 20$ le baril, confirmant le caractère exceptionnel de la crise du Covid-19 sur l'économie mondiale.

    Cette dépréciation du pétrole se poursuit malgré les accords de réduction de la production pétrolière mondiale par les membres de l'OPEP+. Ces accords étaient destinés à soutenir les prix du pétrole mais la paralysie de l'économie mondiale ainsi que les problèmes de stockage font craindre que la plupart de ces efforts ne fassent que ralentir l'inéluctable chute du cours des différentes références pétrolières mondiales.

    En outre, les prévisions relatives au prix du pétrole devraient rester à des niveaux bas sur les prochains mois. En effet, en 2020, la cotation moyenne annuelle du baril de Brent devrait atteindre 37,75$ contre 64,34$ en 2019.

    Cotation annuelle pétrole

    Le WTI négatif : entre première mondiale et enjeu de stockage

    Les investisseurs ont assisté à une baisse historique des cours du pétrole WTI à New York, lundi 21 avril. Cette baisse a été provoquée par une chute de la demande et des capacités de stockage saturées. Le baril WTI pour livraison en mai a d'abord dégringolé à zéro avant de clôturer à un prix négatif de -37,63 dollars. Ce prix négatif est à ce jour unique en près de 40 ans de cotation. Mardi 22 avril au matin, on assistait à un léger rebond en Asie avec un retour près de zéro.

    Un baril à un prix négatif ne signifie pas que les ventes se font à perte. En effet, ceux qui ont des positions pour des livraisons de brut en mai sont prêts à payer n'importe qui pour s'en débarrasser car il n'y a plus d'espaces de stockage pour le brut et garder ce pétrole signifierait pour eux une énorme perte financière. De plus, un prix du pétrole inférieur à zéro impliquerait, en théorie, que les producteurs arrêtent la production, mais en réalité : “il est plus économique de payer quelqu'un pour prendre le brut au lieu de fermer le puits qui produit le pétrole”, selon Jon Sudduth, analyste du marché du pétrole brut chez Energy Aspects. Cependant, ces problèmes de stockage mondiaux pour le pétrole brut ne sont pas inhérents au pétrole WTI américain ; et si le stockage mondial s'aggrave, le Brent pourrait suivre le même schéma que le WTI.

    Crise de la demande et du stockage mondial, ira-t-on jusqu'à un baril de Brent à 0$ ?

    Selon l'Agence Internationale de l'Energie, la demande de brut en avril devrait chuter de 30 % dans le monde, pour retrouver des niveaux qu'on n'avait pas vus depuis 1995. Malgré l'accord de l'OPEP+ à réduire sa production mi-avril, il faut néanmoins stocker le brut en attendant la reprise. Et aux Etats-Unis, premier producteur mondial devant l'Arabie Saoudite, les capacités de stockage approchent de la saturation. Les réservoirs de Cushing, dans l'Oklahoma – principal hub pour le WTI aux Etats-Unis – sont pleins à 75 %, selon Rystad Energy. A ce rythme, ils devraient déborder d'ici courant mai ; ce qui explique pourquoi les contrats de mai ont connu une journée noire le 21 avril. Néanmoins, les contrats du mois de juin ont mieux résisté car les investisseurs se basent sur le déconfinement progressif de plusieurs pays du monde, et notamment européens. Les marchés misent alors sur un rebond de la demande, ce qui explique que le cours du Brent tient encore mais reste sous la barre des 20$ le baril.

    Mais si le confinement de la population continue ou si la demande en pétrole ne s'accentue pas comme prévu à la suite du déconfinement, les problèmes de stockage pour le brut de Brent pourrait contraindre les cours à se déprécier de nouveau et atteindre des valeurs proches des 0$ le baril.

    Infographie - Pétrole - mai 2020

     

    Cette lettre est réalisée par : Kader Berachoua
    , Stéphane Chen
    , Pierre-louis Passalacqua

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