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    Pétrole : le cours du Brent est en soldes

    31 mars 2020

    La cotation moyenne du prix du baril de Brent s‘est effondrée depuis plus d'un mois ; cela est en corrélation avec la pandémie de coronavirus qui affecte l'économie mondiale. Cette dépréciation est de - 50,80% depuis le 24 février dernier, date à laquelle le cours du Brent atteignait une valeur déjà faible de 56,16$ le baril. Un mois plus tard, le 24 mars, le prix du baril de Brent arrivait à 27,7$ le baril, après avoir atteint les 25,3$ le baril le 18 mars. Les prix du baril de pétrole n'ont jamais été aussi bas depuis 2003 (dû à l'époque à l'invasion de l'Irak).

    Des cotations journalières en baisse depuis décembre 2019

    Malgré une certaine stabilisation du cours du Brent aux alentours des 28$ le baril depuis le 19 mars dernier, il semblerait que le cours du Brent ne soit pas près de s'apprécier tant que la pandémie de Covid-19 paralysera l'économie mondiale. On peut espérer une reprise du cours du Brent avec le retour progressif de la Chine sur la scène économique mondiale, et ce après des mois de confinement ayant paralysé certaines de ses régions manufacturières comme celle du Wuhan. Toutefois, parler de reprise du cours du Brent pourrait paraître utopique dans les prochaines semaines, même en cas de retour progressif de la demande chinoise en pétrole. En effet, la demande chinoise ne permettra pas de pallier celles des Etats-Unis et de l'Europe de l'Ouest, qui sont actuellement les zones les plus touchées par la propagation du Covid-19. Ces dernières mettent en place des mesures de confinement au sein de leur territoire et toutes ces mesures sanitaires drastiques ont un impact direct sur la vie économique de ces pays et leur demande en pétrole.

    évolution brent - cotation journalière

    Un contexte de pandémie mais aussi de guerre des prix entre Riyad et Moscou

    Les mesures drastiques mises en place partout dans le monde suite à la pandémie entraînent une forte baisse de la demande en pétrole. Les premiers à en pâtirent sont les principaux pays producteurs dont la rente pétrolière constitue une importante part de leur revenu. De même, de nombreux pays rentiers n'ayant pas les moyens de tenir une longue période à des prix aussi bas, demandent des réunions en urgence de l'Opep afin de mettre en place de nouvelles mesures pour rééquilibrer le marché du pétrole dans un contexte où l'offre est bien plus importante que la demande.

    Cependant, on peut se rappeler que la dernière réunion de l'Opep et de ses alliés début mars n'a pas été un grand succès. En effet, certaines sources proches du ministre saoudien du pétrole et relayées au sein de plusieurs journaux, ont affirmé qu'il y a eu un consensus autour d'une réduction de 1,5 millions de baril par jour supplémentaires. Cependant, la Russie a également affirmé que chacun pourrait produire comme il le souhaiterait à partir du 1er avril. Pourquoi une telle réaction de la Russie ? Cette dernière comprend que la réduction de la production des membres de l'Opep est directement compensée par celle de la production de pétrole de schiste américaine. Mais l'industrie du schiste américaine, déjà surendettée, ne pourra pas tenir très longtemps face à des prix du baril tournant en dessous des 30$ le baril. La production mondiale de pétrole va donc s’accroître dans un contexte où la pandémie mondiale affecte toujours les marchés pétroliers. Ainsi, la hausse de la production mondiale de pétrole pourrait conduire à une nouvelle baisse du prix du baril de Brent ; Moscou espère par cela attaquera directement le pétrole de schiste américain en représailles des volontés américaines de stopper la construction du gazoduc Nord Stream 2 alors que l'Arabie Saoudite espère inonder le marché de son pétrole et reprendre la 1ère place en tant que plus grand producteur mondial de pétrole.

    Ira-t-on jusqu'à un baril à 10$ ?

    Si l'offre en pétrole augmente alors que la demande s'effondre à cause de la crise liée au Covid-19, on peut estimer que son cours continuera de baisser, mais jusqu'à quel point ? Doit-on croire l'agence de notation S&P qui avertit l'industrie que le prix du pétrole pourrait tomber à 10 $ le baril cette année ?

    La guerre des prix engendrée par la fin du consensus des membres de l'Opep début mars dernier entraînerait l'augmentation de la production mondiale de pétrole de plus de 2,5 millions de barils de pétrole par jour. Cela dépasserait très fortement la demande actuelle de pétrole. Les pays producteurs comptent alors stocker leur production mais selon P.Rodriguez-Masiu, analyste chez Rystad Energy : “Au taux de remplissage actuel du stockage, les prix devraient suivre le même sort qu'en 1998, lorsque le Brent est tombé sous la barre des 10$ le baril”.

    Pétrole 032020

     

    Cette lettre est réalisée par : Stéphane Chen
    , Pierre-louis Passalacqua

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