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    Pétrole : le cours du Brent toujours rythmé par les tensions géopolitiques

    04 February 2020

    La cotation moyenne du prix du baril de Brent a connu une augmentation de 9,6% tout au long du mois de décembre de l'année 2019 passant de 60,82$ le 2 décembre, à 66,67$ à la fin du mois. L'évolution des prix en ce début du mois de janvier a été rythmée par les tensions entre les Etats-Unis et l'Iran ; en effet, les prix du Brent ont directement grimpé de 3,5% après la mort du général iranien Suleimani. Ils ont franchi la barre des 69$ au matin du 6 janvier, soit un palier qui n'avait pas été atteint depuis mai 2019. La crainte des marchés pétroliers s'est ensuite intensifiée peu de temps après, suite à l'envoi de missiles iraniens sur des bases américaines en Irak. Le cours du Brent a encore une fois sursauté au matin du 8 janvier, craignant une escalade entre les deux pays. Néanmoins, Donald Trump s'est très vite exprimé sur ces attaques en exprimant sa volonté d'apaiser la situation ; cette stratégie de " tordre le bras " à l'adversaire puis lui " tendre la main " est caractéristique de la diplomatie du président américain. Ceci dit, à la suite de cette volonté d'apaisement de la part de Trump, mais aussi de la part du chef de la diplomatie iranienne affirmant que les " représailles proportionnées de la nuit sont terminées ", le cours du pétrole a été ramené à 64,34 $ le 15 janvier, soit le prix moyen du baril pour l'année 2019.

    Tout peut encore se jouer au Moyen-Orient

    Cet événement au Moyen-Orient n'est pas de bon augure pour espérer les prémices d'une stabilisation dans la région. En effet, la décision de frapper une cible iranienne sur le territoire irakien par les Etats-Unis peut être considérée comme un acte de guerre. Mais heureusement, tous les partis ont pu revenir à la raison et éviter un conflit aussi désastreux qu'inutile. Néanmoins, les tensions entre les deux pays n'ont pas pour autant disparu car les Etats-Unis imposent encore des sanctions envers l'Iran. On peut s'attendre à ce que l'Iran réalise de nouveaux coups de force, comme lors des attaques sur les installations saoudiennes. Cette crainte peut aboutir à un blocage du détroit d'Ormuz, par lequel transitent 18 millions de barils de pétrole par jour. Mais ce scénario est peu plausible car il entraînerait une réaction rapide et musclée des Etats-Unis. Au contraire, l'Iran pourrait à nouveau jouer la carte d'attaques envers des installations pétrolières des pays voisins. On a vu que des missiles ont été envoyés en Irak et il suffirait que des installations pétrolières du pays soient touchées pour amener une nouvelle crise du cours du pétrole.

    Par exemple, la perte prolongée de la moitié des exportations irakiennes de pétrole, qui représentent 4% des approvisionnements mondiaux, pourrait propulser les prix à 90$ le baril, d'après M.Tonhaugen, responsable des études marchés pétroliers chez Rystad Energy. Et l'Irak pourrait ne pas avoir les systèmes de sauvegarde qui ont permis aux Saoudiens de se remettre des attaques de septembre 2019.

    Escalade de tensions autour du pétrole et pourtant les prix restent bas

    Les négociants en pétrole ont eu des raisons d'être inquiets au début du mois de janvier ; en effet, le monde s'attendait déjà à une nouvelle guerre du Golfe, elle-même alimentée par l'imprévisibilité du président américain. Et pourtant, malgré les différents sursauts du cours du Brent, le prix se stabilise très vite et retrouve rapidement un cours normal.

    Pourquoi de telles crises, aussi importantes d'un point de vue géopolitique et de sécurité mondiale, affectent-elles aussi peu un marché aussi important que celui du pétrole ? Cela peut se comprendre par un fait en particulier, celui de l'importance de la production américaine de pétrole de schiste et qui inonde le marché mondial du pétrole. Ainsi, les Etats-Unis sont passés en moins d'une décennie, du statut de premier importateur net de pétrole à celui d'exportateur majeur sur la scène internationale. Les exportations du pays sont passées de 0,6 million de barils par jour au début de l'année 2017, à plus de 4 millions en décembre 2019. C'est cette abondance d'un pétrole bon marché qui rassure les négociants en pétrole, même lors de graves crises comme celle qui vient de se produire entre les Etats-Unis et l'Iran.

    Cette lettre est réalisée par : Stéphane Chen
    , Pierre-louis Passalacqua

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