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    Pétrole, source de tensions

    28 novembre 2018

    Les prix des pétroles bruts ont augmenté de +2,7% en octobre par rapport au mois dernier avec une cotation moyenne mensuelle du baril de Brent de la mer du Nord de 81,03$. Que ce soit sur la scène internationale ou au sein même de la France, les prix de l'énergie restent une problématique centrale pour les États, les producteurs et surtout pour les consommateurs, avec les augmentations des prix du carburant qui portent atteinte au pouvoir d'achat des ménages.

    Le baril de Brent pèse sur la consommation en France

    En octobre 2018, la cotation moyenne du baril de Brent a atteint 81,03$. Sur un an, l'évolution est marquante avec une hausse de +40,9%, soit un baril de Brent qui atteint des niveaux de prix qu'on n'avait plus vu depuis l'année 2014.

    Cette hausse du baril de Brent pèse incontestablement sur la consommation française. En effet, les prix de l'énergie augmentent à nouveau après deux mois de recul consécutifs à +13,8% sur un an. Les prix du pétrole ont quant à eux été plus dynamiques que le mois précédent avec +20,7% sur un an contre +19,5% le mois précédent. Cette hausse des prix de l'énergie pèse donc sur l'inflation qui atteint en octobre +2,2% sur les douze derniers mois.

    C'est dans ce contexte que le gouvernement français se trouve confronté à un mouvement social, hors du champ syndical et politique, les " Gilets Jaunes ". Parmi les premières contestations du mouvement, on y trouve la hausse des prix à la pompe des carburants avec le diesel en tête. Car il est vrai, qu'en plus d'une augmentation des taxes sur les énergies fossiles, les prix à la pompe ont explosé. Depuis octobre 2016, la hausse du prix du gazole se chiffre à +31,4%.

    Le carburant est une source de tensions en France depuis l’avènement du mouvement des gilets jaunes. Mais il reste surtout une source de tensions sur la scène internationale, avec une place primordiale accordée aux positions américaines.

    Une position américaine pesante sur le cours du Brent …

    Cette hausse des prix trouve sa source dans les incertitudes relatives aux futures positions des principaux acteurs de l'offre de pétrole mondial, en l'occurrence la Russie, l'Arabie Saoudite et les États-Unis. Bien que l'année ne soit pas terminée, force est de constater que les États-Unis ont joué un rôle central dans cette incertitude mondiale, à coups de tweets, d'annonces, de sanctions et de positions diverses voire contradictoires.

    Cependant, depuis le début du mois de novembre, les cotations journalières du baril de Brent sont passées de 63$ à 54$, soit une baisse de près de 17% des prix de l'or noir. Dans ce contexte, l'Arabie saoudite a annoncé le 11 novembre dernier vouloir stopper la chute des cours du pétrole (dans la perspective d'une éventuelle baisse comprise entre 500 000 et un million de barils par jour).

    La réaction du Président américain ne s'est pas fait attendre puisqu'il a fait savoir qu'il n'était pas du tout de cet avis. Il a ainsi exprimé sa position dès le lendemain sur Twitter en estimant : "J'espère que l'Arabie saoudite et l'Opep ne baisseront pas leur production. Les prix du brut doivent être bien inférieurs si l'on se base sur l'offre !". Aussitôt publié, le cours du pétrole a dévissé une nouvelle fois avec une baisse de -7,14% pour le brut américain (WTI) et -6,63% pour le Brent de la Mer du Nord.

    Souvenons-nous que Donald Trump avait mis la pression sur l'Opep durant des mois, et notamment sur l'Arabie Saoudite, pour faire chuter les prix en 2016. Le Président américain avait demandé d'augmenter la production de pétrole pour faire baisser les prix. Suite à cela, l'Arabie Saoudite et ses alliés se sont finalement mis d'accord sur cette baisse.

    Les États-Unis n'ont cessé de jouer sur des positions contradictoires. Par exemple, l'administration américaine a tout fait pour isoler le pétrole iranien, ce qui avait eu comme conséquence une hausse des cours sur les marchés financiers. Puis, en novembre, alors que le Président Trump avait annoncé sur Twitter que les sanctions allaient tomber le 5 novembre, il a finalement dénoncé cette hausse des prix de l'or noir, exigeant une baisse des prix de l'essence aux États-Unis puis renoncer à appliquer in extremis des sanctions sur le pétrole iranien aux plus grands pays importateurs, comprenant la Chine et l'Inde.

    … Et sur la production mondiale de pétrole

    La position américaine est alors matérialisée par une volonté de préserver le stock actuel de production, voire d'en diminuer la production mondiale. L'objectif étant de valoriser les richesses pétrolières américaines. Paradoxalement, le Président américain milite pour avoir un prix faible sur les marchés financiers afin de conserver un baril de Brent près des 60-70 dollars pour ne pas détériorer le pouvoir d'achat des américains, dans la logique du American First voulu par Donald Trump.

    L'OPEP et ses alliés, dont la Russie, doivent se rencontrer début décembre à Vienne dans l'objectif d'étudier des "ajustements de la production" selon les termes des gouvernants saoudiens. L'Arabie Saoudite estime qu'il faut réduire la production afin de rétablir l'équilibre sur le marché.

    Toutefois, selon Reuters, même si le Président Russe estime qu'il faut coopérer avec l'Arabie Saoudite, et donc avec les pays de l'OPEP, il ne souhaiterait pas s'associer à cette baisse. Propos à relativiser car lors d'un déplacement à Singapour, pour le sommet de l'Association des pays d'Asie du Sud Est (ASEAN), il a prôné la vigilance concernant la nécessité ou non de limiter la production.

    Ainsi, les tensions sur l'offre de pétrole ont été fluctuantes en fonction du contexte géopolitique porté et motivé par les positions américaines, car dans le même temps la production pétrolière américaine, portée par le pétrole de schiste, a atteint des niveaux record cette année. D'après plusieurs spécialistes du secteur, les États-Unis devraient finir l'année avec une production réelle plus élevée que les capacités de production de l'Arabie saoudite.

    Cette lettre est réalisée par : Kader Berachoua, Stéphane Chen, Pierre-louis Passalacqua

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