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    Télétravail : l'apanage des cadres mais à quel prix ?

    21 novembre 2019

    Régi à la fois par le code du travail et un accord interprofessionnel, le télétravail peut être mis en place dans les entreprises par accord, par charte ou même formalisé par tout moyen entre l'employeur et le salarié …
    C'est dire la souplesse qui existe pour son utilisation ! On peut évaluer à 1,8 millions le nombre de télétravailleurs, occasionnels ou non. Ce qui en fait une réelle opportunité de mode de travail pour les cadres…Mais leur situation est-elle si idyllique que ça ?

    Portrait-robot du télétravailleur

    Un cadre informaticien, trentenaire ou quadragénaire, habitant l'Ile-de-France ou une grande ville, là où les trajets domicile-travail sont longs et compliqués : tel pourrait être le portrait-robot du télétravailleur, selon la dernière enquête de la DARES publiée au début du mois de novembre.

    Premier enseignement de cette étude : le télétravail est encore très peu répandu en France, puisqu'en 2017, 3% des salariés seulement le pratiquaient au moins un jour par semaine. Et cette situation n'est pas nouvelle : au début des années 2000, on estimait déjà que 2% des salariés pouvaient être considérés comme télétravailleurs à domicile.

    Deuxième point notable : ce sont avant tout les salariés qualifiés qui sont concernés. 11,1% des cadres affirment ainsi pratiquer le télétravail, contre seulement 1,4 des employés et 3,2% des professions intermédiaires. Et parmi ces télétravailleurs, les cadres commerciaux, les technico-commerciaux et bien évidemment les salariés du secteur IT sont les plus représentés. A l'inverse, et cela est sans doute en partie lié à l'accès aux équipements informatiques, les métiers de l'alimentation, de la construction, de la restauration ou encore des services à la personne sont beaucoup moins fréquents.

    Enfin, il faut noter que, hommes et femmes sont à quasi-égalité dans ce domaine, avec 11% des cadres féminins concernés.

    Des avantages perçus

    Les salariés se déclarant en mauvais état de santé sont plus nombreux à pratiquer le télétravail. Il semblerait, même si la DARES n'a pas étudié plus en détail cet aspect, que le travail à domicile soit alors utilisé comme un moyen d'aménager le poste de ces personnes. Et un des aspects positifs du télétravail porte, au-delà de la santé, sur l'emploi des personnes handicapés et justement sur l'adaptation du poste de travail. Ainsi, 1 télétravailleur sur 10 est en situation de handicap, alors que les travailleurs handicapés représentent 1 salarié sur 20 dans leur ensemble.

    Un autre des bénéfices forts ressentis se porte sur le temps de transport. Les salariés qui pratiquent le télétravail habitent en moyenne une fois et demie plus loin que ceux qui ne sont pas concernés. Mais ce n'est pas tant la distance que la durée du trajet qui est en jeu. Ainsi, les télétravailleurs sont plus nombreux dans les zones urbaines denses, et notamment en Ile-de-France, où la situation des transports est particulièrement critique.

    Enfin, en interrogeant la question de la vie personnelle, la DARES met en avant l'impact de la situation familiale dans le choix du télétravail. Ainsi, les familles monoparentales et les couples ayant un enfant de moins de 3 ans sont plus enclins à pratiquer le télétravail.

    Et cette propension s'accentue pour les télétravailleurs " intensifs " (qui télétravaillent 3 jours ou plus par semaine). Les femmes sont d'ailleurs alors beaucoup plus concernés.

    Des avantages oui mais …un isolement

    Le télétravail suppose une organisation du travail spécifique, ne serait-ce que par l'éloignement physique du télétravailleur de son lieu habituel de travail, et a un impact potentiel sur les conditions et le collectif de travail

    Du fait de l'éloignement physique, le télétravail comporte en effet un risque d'isolement du salarié vis-à-vis de la collectivité. Les cadres en télétravail font part d'un sentiment de distance non seulement vis‑a‑vis de leur hiérarchie mais également de leurs collègues ou collaborateurs.

    Un besoin de formation émergeant

    L'étude de la DARES montre également que les télétravailleurs expriment plus souvent un besoin de complément de formation que les non‑télétravailleurs, probablement amplifié lorsque les télétravailleurs sont confrontés à un changement des techniques utilisées pour travailler ou en cas de restructuration.

    Une durée du travail plus longue

    Si les télétravailleurs bénéficient de davantage de souplesse dans leur travail et d'une baisse de leur temps de trajet, ils ont "tendance à pratiquer des horaires de travail plus longs et atypiques" lorsqu'ils sont en télétravail, souligne la Dares. Et ils ne sont "ni plus ni moins satisfaits de leur travail que les autres cadres", ajoute-t-elle.

    Une conciliation vie privée/vie professionnelle qui ne semble pas meilleure

    Les proches des télétravailleurs se plaignent tout autant de leur manque de disponibilité. Et ils soulignent aussi le risque de conflits travail-famille quand ils se voient interrompus dans leur tâche, en particulier s'ils ne disposent pas d'une pièce où s'isoler.

    Pour autant ce mode de travail ne peut que s'étendre ! Il s'inscrit bel et bien dans la recherche d'amélioration du développement durable et à un besoin grandissant des collaborateurs d'échapper à la pression des grandes villes et des centres d'affaires.

    Cette lettre est réalisée par : Delphine Guidat, Anne-catherine Auzanneau, William Kennedy

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