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    Un masque antipollution pour lutter contre la Covid

    17 November 2020

    Créée en décembre 2016, la société R-Pur conçoit des masques antipollution pour les cyclistes, les motards et les piétons. Dès janvier 2020, elle a décidé de se réorienter pour proposer des masques qui bloquent les nanoparticules, masques plus efficaces que des masques FFP3 pour lutter contre la pandémie Covid-19. Autre avantage de ce produit " Made in France ", il allie l'efficacité à l'esthétique.

    Un masque esthétique pour des utilisateurs en milieu urbain

    A l'origine, en 2016, R-Pur met sur le marché un masque esthétique à destination des piétons et des conducteurs de 2-roues qui souhaitent préserver leurs poumons de la pollution citadine. Le produit, cousu main en France, est positionné sur le haut-de-gamme, à près de 150 euros l'unité. Le masque est doté d'un filtre interchangeable, vendu presque 30 euros, qui peut être utilisé sans risque pendant 5 à 15 semaines. Ce positionnement impose au fabricant de proposer le produit avec une esthétique très soigné, le destinant à un public pour lequel le " look " est aussi important que l'utilité. Et l'idée fonctionne puisque trois ans plus tard, l'entreprise annonce un chiffre d'affaires de plus d'un million d'euros et qu'elle estime doubler ce montant en 2020.

    La Covid-19 bouscule la stratégie de l'entreprise

    Ce marché de la mobilité ultra urbaine est certes encourageant mais dès les premiers signes de la pandémie, de nombreux clients, qui voient surtout la capacité de filtration dix fois supérieure à celle d'un masque FFP3 selon le fabricant, se précipitent pour acheter le masque et en faire l'un des moyens de se préserver de la contamination.

    En effet, le masque, doté de cinq couches successives, filtre les gaz, les odeurs, les pollens, les particules toxiques liées à la pollution de l'air et le diesel, mais aussi les bactéries et virus, ainsi que toutes les nanoparticules d'une taille d'au moins 50 nanomètres. Ce niveau de filtration le rend particulièrement efficace contre la Covid. A tel point que les stocks sont épuisés rapidement et que le fabricant doit demander à ses clients de patienter plusieurs semaines avant de pouvoir passer une commande sur le site.

    Une diversification vers les masques FFP2

    Beaucoup d'entreprises industrielles, dont les activités ont été fortement touchées par la pandémie et le confinement, ont réorienté leur production pour trouver d'autres marchés. Ce fut le cas notamment d'entreprises spécialisées dans la production de PLV en plastique rigide qui ont proposé rapidement des barrières physiques pour les caisses de magasins.

    C'est également le choix qui a été fait par les deux fondateurs de la société, Flavien Hello et Matthieu Lecuyer. Leur connaissance de la protection contre la pollution leur a permis de trouver rapidement les moyens pour fournir des masques FFP2, tout d'abord en allant les chercher en Asie mais également en investissant dans une prochaine unité de production en Ile-de-France. La même approche a d'ailleurs été imaginée par une autre startup concurrente, la société Mask Generation qui, dès mai 2020, fait fabriquer auprès d'industriels sous-traitants environ 10 000 masques de protection par semaine avec un objectif de monter à 100 000 unités rapidement pour protéger les personnels soignants. Nos deux startups contribuent ainsi modestement certes mais surtout concrètement à l'autonomie industrielle de la France.

    Un marché en forte croissance

    Selon le cabinet Grand View Research, le marché mondial des masques anti-pollution était évalué à 2,7 milliards US$ en 2019 et devrait atteindre 22,3 milliards US$ d'ici 2027, soit un taux de croissance annuel moyen de 30% entre 2020 et 2027. Et le cabinet précise, même si l'on pouvait le supposer, que la récente épidémie de coronavirus a stimulé la demande de masques anti-pollution jetables et réutilisables dans le monde entier.

    Le marché des particuliers a permis à l'entreprise d'assurer une stabilité. Elle déclare d'ailleurs disposer déjà de plus de 10 000 utilisateurs dont près d'un quart à l'international. Mais, si le grand public était, à l'origine, la cible principale de l'entreprise, elle avait déjà, avant la pandémie, obtenu des marchés professionnels prestigieux. Elle a notamment fourni des masques à des unités d'élite des forces spéciales françaises, aux marins pompiers de Marseille et aux militaires du porte-avions Charles de Gaulle. Les marchés professionnels étaient donc, bien avant la Covid-19, dans la visée d'R-Pur.

    Une levée de fonds pour se développer à l'international

    En 2017, R-Pur décide de lever des fonds sans passer par un prêt bancaire, toujours difficile à obtenir pour les jeunes entreprises. Opération réussie puisqu'elle parvient à obtenir près de 250 000 euros en deux campagnes de crowdfunding.

    En janvier 2020, R-Pur annonce une levée de fonds de 2,5 millions d'euros auprès d'Impact Citizen Capital et d'autres investisseurs engagés dans la mobilité.

    En mai 2020, elle bénéficie d'une aide PM'up Covid-19 de la région Ile-de-France, qui lui a permis d'investir dans de nouvelles machines et d'améliorer ses recherches sur l'environnement de la pollution urbaine. Elle a pu ainsi installer un nouveau site de production et recruter de nouveaux collaborateurs.

    Elle rêve maintenant de plus grands espaces et ambitionne les marchés internationaux tels que l'Asie, où le masque n'a pas besoin d'être rendu obligatoire pour être porté, et aux Etats-Unis.

    Cette lettre est réalisée par : Stéphane Chen
    , Denis Kientz
    , Pierre-louis Passalacqua

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